17.11.2008

Nous combattrons l'ombre

jorge-ombre.jpgC'est le titre du dernier roman traduit en français de la romancière portugaise Lidia Jorge (Métailié, 2008, 2008, 435 p.).

Vaste programme: l'ombre en question est celle des limbes où prospèrent en toute impunité les réseaux mafieux en cheville avec les puissances politiques et financières. Si l'on veut, une trame de polar / thriller tout ce qu'il y a de plus classique, avec d'ailleurs une (triste) fin assez attendue -- en tout cas, dont l'auteur, sans éventer complètement le secret, fournit beaucoup d'indices au cours du récit.

C'est que l'intérêt est ailleurs: d'abord, dans les personnages; le protagoniste est un psychanalyste, qui se retrouve donc confronté au secret d'une vaste entreprise de trafic de drogue, par les confidences mi-oniriques, mi-réalistes, d'une de ses patientes, concernée de très près.

C'est cet Osvaldo qui décidera alors, enfreignant tous les principes de sa profession, à violer le secret pour faire de la formule titre du roman sa devise personnelle; et cela, sous l'impulsion des désordres de sa vie personnelle, marquée d'abord par le divorce, puis par la rencontre avec une énigmatique voisine, elle aussi impliquée dans l'affaire.

Ensuite, sur cette trame, l'attention se concentre sur le thème fondamental du roman: celui du rapport entre le récit (les récits) et le réel, traité à travers les aventures du protagoniste grimé en arroseur arrosé: c'est l'expert patenté en déchiffrement des récits d'autrui, censés masquer sous les figures du rêve les éléments de la vie, qui se retrouve louvoyant entre réalité, fictions, énigmes et mensonges, et lui-même pris dans ce jeu avec ses propres récits, imbriqués dans ceux d'autrui. Thème traité avec une indéniable virtuosité, qui apporte une belle eau au moulin de la dénonciation des machinations et mensonges pourissant le monde, et qui elle-même flirte avec les limites entre le réel et le fantastique, notamment dans la description, insolite, d'un Portugal noyé sur un déluge véritablement biblique, et jongle avec les niveaux de récit.

Toutefois, je n'ai pas été totalement séduit; la tension, surtout dans la première moitié du livre, se relâche parfois un peu trop; on a du mal à voir où l'auteur veut en venir, certains chapitres m'ont paru trop bavards ou inutilement dilués. C'est un peu dommage, mais pas rédhibitoire.

Encore des fantômes et une autre vieille dame indigne

NuitSaisonsHunt.jpgDu fantôme, encore du fantôme, à foison dans le recueil de nouvelles choisies par le traducteur français de Violet Hunt, sous le titre (celui d'une des nouvelles) La nuit des saisons mortes, récemment paru chez José Corti (2008, 181 p., 20 €), avec en illustration de couverture une amusante Araignée souriante d'Odilon Redon.

A lire, pour la curiosité: des nouvelles bien troussées, tournant, pour l'essentiel, autour du temps de passage entre la vie et la mort -- certains morts tout frais conscients de l'être, d'autres non; avec aussi quelques promis au grand saut qui sentent confusément leur heure arriver... Mais ce n'est pas dans le suspense qui suscite l'intérêt, plutôt la peinture, fine et souvent incisive, du passage lui-même, qu'il soit brutal ou au contraire progressif et même insensible.

On doit en tout cas savoir gré à Corti d'avoir exhumé ces textes quasi disparus (en traduction française), ne serait-ce d'ailleurs que pour garder quelque chose du plus étonnant personnage, si je puis dire, du livre, en l'occurrence son auteur: le traducteur s'est d'ailleurs fendu d'une longue postface (dont on aimera ou n'aimera pas le style, peu conventionnel) présentant les heurs et malheurs de cette étrange pétroleuse du début du XXe siècle, passant des bras (qui ne lui ont pas fait beaucoup de mal...) d'Oscar Wilde à ceux de Ford Maddox Ford (bigame qui l'exploitera sans scrupules), avec crochets par divers autres amants, dont l'un lui laissera une belle syphillis en cadeau-souvenir.

Seul regret: la traduction est agréable à lire, mais l'ensemble du livre -- nouvelles et postface -- est truffé de fautes (pas seulement de coquilles) qui laissent deviner qu'il n'y a eu aucune relecture: bourdes de syntaxe, accords défaillants, expressions bizarres ou non maîtrisées... De la part de Corti, éditeur supposé de grande qualité, cela déçoit beaucoup. Que voulez-vous, tout fout l'camp, ma bonne dame.

12.11.2008

Isabel Fraga, bis

De retour de la Sorbonne, je me suis précipité, non pas sur mes copies en retard (oui, je sais, c'est MAL), mais sur un précédent petit livre de la même Isabel Fraga dont j'avais vanté il y a peu le dernier roman traduit, La dessinatrice (lien).

fraga leonor.jpgIl s'agit cette fois du recueil de nouvelles intitulé Le sourire de Leonor (La Différence, 2007, 121 p.); c'est en fait le titre de la dernière nouvelle, remplaçant dans la traduction le titre original du recueil, Seres sentidos.

Ces "êtres blessés" se pressent en foule, malgré la minceur du volume, puisque certaines nouvelles n'excèdent pas trois pages; dans chacune, une  vie ou une 'tranche de vie', un portrait, ou une scène particulière -- quelques traits qui suffisent pour concentrer tout une existence, soit suivie dans son cours, soit saisie dans l'instant où se révèle un destin; et toujours une plume remarquablement acérée, qui, n'ayant l'air de rien, avec quelques phrases et un coup de pinceau, campe avec fermeté des personnages forts, pétris de douleur, de rancune, de faiblesse, parfois aux limites de la folie ou du désespoir, et placés au coeur d'un réseau de relations souvent terrifiantes de trahison, de cruauté et de violence, mais toujours avec l'air de ne pas y toucher.

Bref, on y retrouve la même subtilité de dessein et la même finesse d'expression qui faisaient le charme de La dessinatrice, et comme dans ce roman, cette attention impitoyable portée aux détails significatifs, aux silences éloquents et aux gestes qui, à peine esquissés, expriment toutes les puissances du sentiment. Vraiment, très réussi! En tout cas, un écrivain à découvrir, et à suivre.

Pour vous mettre en appétit, quelques bons menus morceaux:

"Joana n'avait pu expliquer la raison de ses sanglots. Qui connaissait le mystérieux parcours des larmes, leurs étranges motifs?" (p. 50)

A propos de prisonniers, qu'un co-détenu, peintre de son état, initie à son art: "ils apprirent d'abord à adapter aux limites de la toile l'espace infini qui submergeait leur mémoire et obstruait leurs sens, de la même façon que la justice des hommes les avait obligés à réduire leurs mouvements et leurs espoirs aux dimensions exiguës de leurs cellules." (p. 69)

"Mais les héritages sont toujours, après la douleur qui touche les zones les plus intimes et les plus fragiles de l'être, des moments difficiles d'affrontement entre frères et soeurs. La peur d'être lésé se transforme alors en hostilité, emportant avec elle les restes délaissés de l'enfance perdue." (p. 81)

Alain Lecomte sur Erri De Luca

Précipitez-vous toutes affaires cessantes sur la très belle présentation (illustrée d'aquarelles) qu'Alain Lecomte vous propose du dernier livre d'Erri de Luca traduit en français, Sur la trace de Nives (auteur dont j'ai déjà eu l'occasion de vous dire tout le bien que je pense: lien).

Voici le lien.

Du reste, pour ceux que le thème intéresse, il y avait déjà de très belles pages sur la montagne et sa pratique par l'auteur, dans Le contraire de un (traduction Folio).

de luca nives.jpgde luca traccia.jpg

30.10.2008

Verrines

Non, je ne vous parlerai pas de recettes de cuisine, contrairement à ce qu'on peut croire quand on tape "verrines" sur un moteur de recherche. Avant de désigner des petits pots plus ou moins appétissants, "Verrines" est le titre global donné à l'ensemble des discours composés par mon cher Cicéron pour constituer son acte d'accusation, en 70 av. J.C., contre l'ancien préteur (gouverneur, donc) de Sicile. Ensemble passionnant à tous égards. A lire, ou relire, en toutes circonstances, mais particulièrement comme piqûre de rappel contre la magouille criminelle, la bêtise prétentieuse, et l'impunité des riches-et-puissants (NB: 'toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé', etc...)

Voilà donc notre jeune et fringant orateur -- à peine 35 ans à cette date -- qui se lance bille en tête dans une action "de repetundis" = procédure de récupération de sommes extorquées aux provinciaux, en l'occurrence les Siciliens, que Cicéron connaissait bien, car lui-même, 5 ans auparavant, avait exercé en Sicile la charge de questeur, et les bons rapports qu'il avait eus avec les populations locales ont conduit celles-ci à faire appel à lui en qualité de patronus (à la fois protecteur et avocat) pour défendre leurs intérêts devant la justice romaine.

L'enjeu du procès est politique, avec une portée qui dépasse le cas particulier de la province de Sicile: en 70, dix ans après la fin de la dictature de Sylla, on est, à Rome, en plein triomphe de l'aristocratie sénatoriale, arrogante et imbue de ses privilèges, autant que de la quasi impunité que lui a assurée Sylla, et que lui accorde encore la justice contrôlée par ses membres. L' "homme nouveau" Cicéron (nouveau venu dans les hautes sphères politiques, n'étant pas issu d'une famille sénatoriale) enfourche donc ce cheval de bataille, pour partir en guerre contre les perversions et les malversations de cette classe dirigeante corrompue, et qui justement montre son pire visage en la circonstance: car si les pillages et les crimes commis par Verrès (qui n'en est d'ailleurs pas à son premier mauvais coup) sont de notoriété publique, l'indigne ex-préteur n'en jouit pas moins d'un soutien sans faille de nombre de membres parmi les plus éminents du Sénat; à commencer par son avocat, Hortensius, le plus grand orateur de Rome avant Cicéron, qui va précisément le détrôner, grâce aux fameuses "Verrines".

Ledit Cicéron ne manque d'ailleurs pas une occasion de rappeler aux sénateurs juges tous les enjeux politiques du procès: à continuer de couvrir de telles pratiques, c'est tout l'empire romain qui risque de s'effondrer, car la domination de Rome ne peut se maintenir sans un minimum d'acceptation de la part des provinciaux; voilà pour l'enjeu extérieur; quant à l'enjeu intérieur: si les sénateurs continuent à protéger leurs plus indignes collègues, ils se couperont du reste de la société qui se retournera contre eux, et plus particulièrement, ils perdront rapidement la mainmise sur les tribunaux, discrédités par leurs pratiques (souvent nourries par une franche et massive corruption).

Les adversaires n'y vont pourtant pas de main morte: comme en témoigne le premier volet de l'ensemble, la "Diuinatio in Caecilium", ils ont tout fait pour empêcher Cicéron de prendre en charge l'accusation, en suscitant contre lui un rival, revendiquant à sa place le droit de poursuite -- en fait un séide vendu à la défense, qui aurait alors déployé son talent pour assurer l'acquittement du prévenu qu'il aurait accusé...

Les discours suivants détaillent les étapes de la carrière criminelle de Verrès, avec une verve et un luxe de détails qui valent tous les romans -- d'abord à Rome, en qualité de préteur urbain, également dans d'autres fonctions publiques (en Orient), enfin donc en Sicile, où on assiste au pillage méthodiquement organisé de toute la province, depuis ses greniers à blé jusqu'à ses temples, et au spectacle de toutes les violences commises par la Bête -- culminant dans une atroce crucifixion de citoyen romain surplombant le détroit de Messine. Bref, du sang, du sexe, du fric à tous les étages; des putes peinturlurées et des hommes de main patibulaires, un parrain adipeux et lubrique, des malheureux martyrisés, des oeuvres d'art volées et des sanctuaires profanés, etc. Que demander de plus? On a même le droit à des attaques de pirates et des substitutions de personnes...

Enfin, cerise sur le gâteau: il se trouve que la plupart de ces magnifiques discours ... n'ont jamais été prononcés; en effet, après la passe d'armes avec Caecilius (le rival vendu, donc), il a suffi du premier discours (la "Première action"), relativement court, mais particulièrement offensif, pour que Verrès prenne peur, et s'enfuie de Rome -- s'exilant volontairement à Marseille, où, finalement, il sera tué dans le déchaînements de proscriptions de la fin de la guerre civile entre Octave et Auguste. Autrement dit, avec les cinq discours qui constituent la "seconde action" -- Sur la préture urbaine, Sur la juridiction en Sicile, Sur l'approvisionnement en blé, Sur les oeuvres d'art, Sur les supplices --, soit le "gros" des Verrines, nous avons affaire à des discours uniquement écrits, une sorte de fiction juridique, puisque, faute d'adversaire, Cicéron n'avait plus d'occasion de délivrer ces discours de vive voix.

Il n'en a pas moins repris, travaillé et considérablement amplifié ses textes, en vue, donc, d'une publication. Mais la fiction juridique est maintenue jusqu'au bout: bien souvent, il fait croire à une réaction du public ou de la partie adverse, interpelle lui-même les juges, l'accusé ou ses avocats, décrit les lieux où il est censé parler, les gestes des uns et des autres, etc. Et vraiment, on s'y croit. C'est quasi une sorte de roman à l'intérieur du genre oratoire... D'autant plus efficace, que la méthode suivie par l'avocat était stupéfiante pour son temps: en effet, Cicéron n'avait pas épargné sa peine, allant en personne en Sicile pour collecter les informations et les témoignages, saisir les documents, rnouer des contacts, elever et recouper des indices , le tout en un temps record -- bref, une vraie trame de polar, qu'il ne manque d'ailleurs pas une occasion de mettre en valeur sous les yeux, qu'on imagine ébahis, de son auditoire.

Le résultat, pour le lecteur, y compris contemporain, c'est le tableau complet d'une vaste enquête qui démonte tous les rouages d'une perversion systématique de l'administration des provinces au 1er s. av. J.C., en même temps qu'un saisissant tableau de moeurs du siècle; avec des envolées, magnifiques et d'une grande profondeur, sur les rapports de Rome avec ses provinces, et à travers elles, le reste du monde; sur la grandeur et les dangers du pouvoir en général; sur les caractères, les vices et les vertus des hommes, etc. --bref, à boire et à manger pour tout le monde; et le tout accommodé avec une éloquence qui atteint déjà son point de perfection, usant de tous les registres et faisant feu de tout bois: du grand art, vraiment.

 

verrines.jpgPour lire ces fameuses Verrines, il a bien sûr la classique édition Budé (un volume par discours); pour cette lecture-ci, je me suis contenté de ce que j'avais sous la main à la maison, en l'occurrence l'édition Loeb, en deux volumes pour l'ensemble (pratique et pas cher): un peu vieillotte, avec notamment quelques travers anciens  parfois ridicules, comme la transposition des sommes d'argent romain en livres sterling: esprit de l'empire britannique, es-tu là? (en plus, le traducteur applique une règle de conversion qui complique la lecture: 100 sesterces = £ 1); au demeurant, la traduction est assez vivante, et plutôt agréable à lire.

Il existe aussi une édition, beaucoup plus récente, en deux volumes également, dans la collection italienne BUR; mais pour l'instant je n'en peux rien dire, car j'attends (langue pendante et bavant par terre, comme il se doit) la réception de ma dernière commande avec ladite édition à l'intérieur. A priori, cette collection est une valeur sûre, et l'introduction de cette édition BUR est due à N. Marinone, éminent cicéronien s'il en fut jamais.

29.10.2008

Pas très digeste, mais consistant

grandes.jpgça y est, je suis venu à bout du pavé d'Almudena Grandes, Le coeur glacé (JC Lattès, 1075 p., 25€).

A vrai dire, pas tout à fait sans peine; disons franchement que, sur plus de mille pages, il y en a quelques centaines de trop. C'est dommage, car dans l'ensemble, c'est plutôt un bon roman; mais parfois, on frise l'indigestion. D'autant que le style laisse aussi à désirer; d'abord celui de l'auteur, qui use et abuse des répétitions inutiles, des menues descriptions, parfaitement plates, de faits ou d'objets qui n'apportent absolument rien -- aucun personnage ne peut s'asseoir dans un troquet quelconque sans qu'on ait le droit au détail intégral du menu, etc.; ensuite, et surtout, celui de la traductrice, qui a manifestement travaillé vite et mal: le texte abonde de phrases bizarres, plus ou moins incorrectes, et de notations qui, selon toute évidence, sont la transcription mot à mot de l'espagnol, qui ne passe pas en français; même les noms des couleurs des cartes à jeu n'ont pas été transposés en leurs équivalents "pique", coeur", etc... Encore une fois, sur une telle longueur de texte, cela devient vite exaspérant.

Dommage donc, car le fond n'est point mauvais: une vaste fresque historique, remontant de nos jours aux premiers temps de la guerre civile espagnole, et bâtie sur l'alternance de chapitres consacrés à deux familles dont les chemins se croisent pendant tout ce temps, l'une, famille de nantis éclairés ayant embrassé la foi républicaine, et de ce fait condamnés à l'exil (pour ceux qui ont échappé à la mort); l'autre, famille de très modeste extraction, dont le principal membre, écartelé entre la bigoterie réactionnaire de son père et le socialisme militant de sa mère, fera le choix du cynisme et de l'opportunisme dans le sillage du franquisme, sans autre conviction profonde que la religion du succès personnel du côté des gagnants.

Le roman est d'abord un document, en quelque sorte, à double lecture: sur la guerre d'Espagne et ses suites, avec une attention particulière au traitement particulièrement peu glorieux que la France a en son temps réservé aux réfugiés espagnols républicains (parqués dans des camps dans le sud de la France; réexpédiés en Espagne, autant dire tout droit au peloton d'exécution, etc.); aussi avec une évocation précise de l'engagement des phalangistes franquistes aux côtés des armées allemandes en Russie ("Légion Azul"); et entre les deux, de beaux portraits de résistants, dans le milieu quasi surréaliste du Madrid bombardé par l'aviation allemande au service de Franco. D'autre part aussi un document "au second degré", sur cette vaste entreprise de reconquête de la mémoire historique par la (relativement) jeune génération espagnole, celle qui n'a connu que la fin du franquisme, et manifeste avec force son désir de savoir étouffé par la génération précédente, comme le montre très bien le roman à travers certaines de ses figures. A mettre donc en parallèle avec d'autres entreprises littéraires analogues, je pense par exemple aux (excellents) romans de Antonio Munoz Molina, presque tous hantés par le souvenir du passé.

Et puis, sur le fond, tout le roman se construit sur le thème de la culpabilité -- ou de l'absence de sentiment de culpabilité -- d'une manière assez intéressante. Avec, comme en dérivation, le thème de l'héritage, pour la génération suivante, des fautes des parents -- thème central aussi dans un très beau roman colombien dont je reparlerai bientôt, Les dénonciateurs, de Juan Gabriel Vasquez (Actes Sud, 2008).

Une qualité du roman, si l'on veut, c'est l'ambiguïté de la figure convenue du "méchant": Julio Carrion père, l'arriviste sans aucun scrupule, a tout pour être parfaitement détestable -- et pourtant c'est, pour ceux qui l'ont connu, y compris ses victimes, l'incarnation même du charme, le personnage sympathique par excellence, bon vivant, bon père de famille, soucieux du bien-être des siens, et pour le lecteur, il a quelque chose du caillou dans la chaussure: dans la mesure où ce parfait salaud est précisément celui qui s'affranchit de toute contrainte éthique, profitant sans hésitations de conditions qu'il n'a pas créées et qui au fond l'indiffèrent, seulement préoccupé de s'en sortir et de réussir, et dans le fond étranger au délire idéologique et aux déchaînements de haine dont il fait le terreau de son ascension. Aux antipodes des incarnations hiératiques du sens moral et de la conviction politique que sont les exilés, c'est l'anguille insaisissable qui a faite sienne la loi du monde comme il va piétinant les idéaux, mais qui s'interdit aussi de prétendre donner le change sur ses intentions, y compris à lui-même. Du même coup, il laisse à ses enfants l'encombrant héritage, non seulement d'une belle fortune mal faite, mais aussi d'un néant de convictions, et finalement d'un mystère insoluble sur ce qu'a été cet homme qui est leur père, ce qui justifie son existence et la raison d'être essentielle de son passage en ce bas-monde...

Maintenant, ce qui est quand même regrettable, c'est que l'ensemble du récit (à mon goût) est mal bâti -- en ceci que l'essentiel de la thématique évoquée -- celle de l'engagement et de la culpabilité d'un côté, et de l'autre celle de l'héritage des passions politiques et intimes et d'une histoire à laquelle on n'a pas participé -- tout cela ne prend vraiment forme explicite et réelle consistance que dans les derniers chapitres du livres, denses et profonds; avant cela, bien sûr, on sent que c'est ce dont il est question, mais c'est beaucoup trop allusif et dilué, au risque d'épuiser l'intérêt du lecteur, qui attend désespérément qu'on entre dans le vif du sujet. On comprend bien que l'auteur a voulu garder le meilleur pour la fin, mais d'abord cela fait un peu pétard mouillé (il n'y a pas vraiment de 'suspense', on comprend quand même assez vite où on va en venir), et ensuite cela appauvrit la narration qui se perd dans le factuel trop souvent, faute de prendre de la hauteur.

Reste malgré tout une histoire attachante, avec des personnages, pour certains caricaturaux, mais bien trempés -- du genre 'à  l'espagnole', qu'on imagine déjà avec le casting attendu Victoria Abril dans le rôle principal féminin et Javier Bardem en héros amoureux de la belle. Et ce sont presque plutôt certains personnages secondaires qui marquent davantage, parce qu'ils sont plus insaisissables, ou porteurs d'une vérité plus riche; la mère du héros, entre ruse, conformisme et lucidité, murée dans son ultime silence; l'ami du père, authentique fanatique mais d'une parfaite intégrité; la tante Paloma, héroïne de tragédie à l'ancienne (une sorte de réincarnation d'Andromaque)...

 

 

Fantômes: ils s'obstinent

Quand je vous dis qu'ils me poursuivent: tenez, hier, je reprends mon Pléiade des Misérables, oublié dans un coin; au bout d'une page, (530, précisément), que lis-je? (c'est à propos des couvents, et non pas de la Sorbonne, comme on pourrait d'abord le croire):

"L'entêtement des institutions vieillies à se pérpétuer ressemble à l'obstination du parfum ranci qui réclamerait votre chevelure, à la prétention du poisson gâté qui voudrait être mangé, à la persécution du vêtement d'enfant qui voudrait habiller à l'homme, et à la tendresse des cadavres qui reviendraient embrasser les vivants (...)

Superstitions, bigotismes, cagotismes, préjugés, ces larves, toutes larves qu'elles sont, sont tenaces à la vie, elles ont des dents et des ongles dans leur fumée; et il faut les étreindre corps à corps, et leur faire la guerre, et la leur faire sans trêve, car c'est une des fatalités de l'humanité d'être condamnée à l'éternel combat des fantômes. L'ombre est difficile à prendre à la gorge et à terrasser."

Interloqué, comme il se doit, je rebondis sur Salammbô (Folio, p. 313):

"Salammbô se rejeta vivement en arrière, tant elle eut peur de cet être immonde, qui était hideux comme une larve et terrible comme un fantôme."

(Il s'agit de ce qui reste de Giscon, prisonnier des Mercenaires, et non pas d'une poupée vaudou, ou de son modèle.)

27.10.2008

Petits tours (ratés) en Horatie

Ou: "Le latin comme on aime le détester"

Tous les ans, avec une belle persévérance (qui s'apparente au masochisme), j'essaie de me persuader qu'Horace est un écrivain intéressant. Encore une fois, flop total.

Bon, au moins ai-je pu cet été venir à bout des Odes, essentiellement grâce à la nouvelle traduction (avec texte latin en regard, mais pas dépourvu de coquilles) parue dans la collection Poésie-Gallimard. Disons que ça se lit. Je persiste toutefois à penser que ça ne casse pas trois pattes à un canard boiteux, et que ça ne tient aucunement la comparaison avec Catulle ou Properce. De la pouasie, comme disait Albert Cohen, très pouatique; des vers bien faits (comme on fait des horloges, ou des Rolex), de jooooûlies z-images -- mais d'un convenu, finalement d'une platitude de littérature de salon, qui donne pour seule excuse d'y passer du temps d'en avoir à perdre, du temps, en vacances parce que c'est ce pour quoi les vacances sont faites.

Dans la foulée, je viens de m'atteler aux Satires, qui me sont toujours sorties par les yeux, et une fois encore. Quelle désolation. Des historiettes débiles, des plaisanteries lourdingues d'almanach Vermot, un ton uniforme de lèche-cul bien en cour toujours à quatre devant tout pouvoir, mais qui se veut bel esprit, un vide intersidéral de pensée qui se dissimule si mal sous les pires tartes à la crème de la philo-pour-les-nuls; c'est de part en part consternant de conformisme à courte vue, de répétition irraisonnée de tous les préjugés de l'époque et de tout temps, et de vanité aveugle mais bien satisfaite de soi.

Deux personnages (dont d'ailleurs tout le monde se bat l'oeil et le flanc) échangent des insultes en se moquant du physique de l'autre: ouaf! ouaf! que c'est drôle!; le poète (vieil avorton bedonnant de son état, soit dit en passant) a compté sur les faveurs d'une malheureuse esclave, et déçu dans son attente, doit se la coller sur l'oreille et tache son pyjama comme un ado boutonneux: que c'est désopilant! et frondeur! on frémit de tant d'audace émoustillante!

Comment de telles inepties sans saveur mais tellement prétentieuses, ont-elles pu traverser les siècles en faisant l'admiration des foules lettrées, "j'en suis encore en doute", comme Montaigne à propos de tout autre chose. Ou peut-être est-ce que certains, des mêmes foules lettrées, sont trop heureux de s'y reconnaître à l'identique ?

Histoires de fantômes

Ils sont partout -- en tout cas, dans mes lectures du moment, allez savoir pourquoi. jugez par vous-mêmes.

pedro paramo.gifPour commencer très fort: une ville entière de fantômes attend de pied ferme le héros de Pedro Paramo, court roman du mexicain Juan Rulfo (1956), très vite promu livre-culte en Amérique du Sud, à l'égal des plus grands. Sur son lit de mort, la mère du héros a en effet fait jurer à ce dernier d'aller retrouver, pour s'en venger, son père naturel (Pedro Paramo, donc), dans le trou perdu où elle a passé sa jeunesse. Fidèle à son serment, le fils s'y rend, pour découvrir que non seulement son père est mort, mais qu'en fait, toute la ville n'est plus qu'une ville fantôme -- mais fort animée cependant: une vraie danse macabre dans laquelle il se laisse vite entraîner par tous les contemporains défunts de ses parents, trop contents de trouver de la chair fraîche (enfin, pas fraîche très longtemps) auprès de qui raconter inlassablement leurs propres aventures avec celles des protagonistes de l'histoire familiale que le héros est venu déterrer. Ou, si on veut, une vraie et magnifique nékuia (consultation des morts) dans la plus pure tradition odysséenne, qui ranime, le temps du récit, un monde mort, celui d'une communauté villageoise tyrannisée par un despote local sans principes ni scrupules, et partout traversée, comme par des éclairs, de passions tues, de rancoeurs et de haines, d'amours trahies, etc., qui continuent dans l'au-delà à mener la danse... C'est assez saisissant, et à lire en Gallimard-L'imaginaire (145 p.).

fraga.jpgPlus reposant (encore que...), en tout cas, moins survolté, beaucoup plus en demi-teintes et en suggestions, mais fantôme quand même que celui qui hante la garçonnière au coeur du beau et très court roman portugais d'Isabel Fraga, La dessinatrice, tout récemment paru en traduction française (La Différence, 2008, 106 p.). Garçonnière devenue de nos jours paisible résidence bourgeoise d'une famille très-comme-il-faut, mais minée par la névrose, le deuil et le détachement de ses membres -- et hantée sans le savoir (sauf un de ses membres) par le spectre de la première habitante des lieux, jeune femme simple sortie de sa condition de domestique par un amant du beau monde, qui l'installa dans cette maison comme sa maîtresse. Double histoire, donc, d'une famille apparemment ordinaire -- de ces apparences dont il faut se méfier -- et qui se défait doucement dans le non-dit de bon ton; et d'un couple illégitime comme avorté, fondé sur un mensonge qui pousse la protagoniste à une mort brutale mais sans paroles; et tout autour, un écheveau d'autres histoires, de secrets, de morts, de trahisons, tout cela esquissé avec autant de délicatesse, comme l'air de rien, qu'en met l'ancienne héroïne à dessiner des fleurs pour un amant qui ne les a jamais regardées... J'ai beaucoup aimé, je vous le conseille.

peixoto.jpgEnfin,tout aussi récent et portugais, mais plus mastoc, plus mystérieux -- aussi plus inégal mais pas sans intérêt: Le cimetière de pianos, de José Luis Peixoto (Grasset, 2008, 375 p.) a aussi son fantôme : rien de moins que le narrateur principal, qui retrace non seulement sa vie, mais aussi celle de sa famille... après sa propre mort, qui elle ouvre le roman. Fort complexe, en effet, et à vrai dire, pas toujours facile à suivre, car les narrateurs se bousculent au portillon, mais sans aucune indication de l'auteur permettant au premier abord de les différencier; du coup, les époques et les histoires se mélangent, volontiers dans le même chapitre et de paragraphe en paragraphe -- mais au bout du compte, pour raconter une même histoire: celle d'une famille sur trois générations, qui alternent les joies et les peines d'un milieu modeste de petits artisans lisboètes, à partir de la fin du XIXe siècle, avec, comme en point d'orgue, l'aventure singulière d'un des membres (le fils du mort initial), coureur de marathon parti défendre les couleurs du Portugal aux Jeux olympiques de Stockholm en 1912, mais qui mourut d'épuisement au 30ème km (le personnage a bien existé, mais toute son histoire et celle de sa famille, au dire de l'auteur, sont pure invention). Autour de cette figure plus qu'originale, et de ce destin aussi tragique qu'inhabituel, se dessinent en contrepoint les vies plus qu'ordinaires, mais pas moins tragiques à leur manière, des divers membres de la famille, avec comme fond dominant la banalité d'un quotidien morose, ponctué par les illusions de l'amour juvénile qui tourne, vieille mayonnaise ratée, à la violence conjugale et au mépris silencieux, dans l'ignorance lassée ou la trahison agressive, l'indifférence meurtrière et l'autodestruction... Parfois, exceptionnellement, les strates historiques se téléscopent dans le fameux "cimetière de pianos" : le rebut des vieux pianos servant de mine pour les travaux de réparation de l'atelier familial, mais qui est aussi le lieu en quelque sorte magique des premières étreintes secrètes, le repère où les enfants cachent leurs rêves interdits, et, donc, comme la fosse d'Ulysse (là encore) où les générations parfois se parlent en toute irréalité, de part et d'autre de la frontière de la mort et dans le mépris des âges respectifs. Dans l'ensemble du récit, il y a quelque chose de lancinant (peut-être de lassant, selon les goûts) dans la répétition des épisodes et des propos des personnages, mais aussi des notations de l'auteur, décrivant cette sorte de retour éternel du même d'une génération à l'autre -- mêmes illusions, mêmes trahisons, mêmes deuils -- et finalement, au coeur de cette répétition cyclique, quelque chose qui s'apparente, dans la peinture toujours crue de ce quotidien de petites gens, à un mécanisme de damnation tragique à l'ancienne... Intéressant, donc; pas sans défauts, mais animé d'une indéniable force, souvent dérangeante.

 

20.10.2008

Petit tour en forêt vierge

Encore un magnifique roman de l'écrivain portugais J.M. Ferreira de Castro, dont j'ai déjà parlé.

(A propos de Terre froide: lien ; de La mission: lien)

ferreira foret vierge.jpgForêt Vierge est largement autobiographique -- en tout cas directement inspiré par l'expérience très juvénile de son auteur, parti (au début du XXème s.) se perdre au fin fond de l'Amazonie pour plusieurs années d'une exploitation brutale, proche de l'esclavage, dans la récolte du caoutchouc.

Le point de vue du récit est donc celui d'Alberto, le personnage principal et en partie double de l'auteur; en partie seulement, car, d'abord, plus âgé (Ferreira de Castro a quitté seul le Portugal à 12 ans!) et plus instruit que l'auteur, et aussi car ce sont des motivations politiques qui l'ont contraint à l'exil (Alberto s'était dans son pays engagé du côté de la résistance monarchique à la République naissante).

Reste l'expérience essentielle, sans doute en tous points semblable, ou presque; d'abord le leurre d'une possibilité de s'enrichir dans l'exploitation des fabuleuses ressources naturelles de la forêt, puis dès l'arrivée la découverte d'un engrenage infernal d'endettement, d'asservissement et autant dire d'abrutissement. Ce regard supposé extérieur du personnage permet aussi sans doute à l'auteur de porter un jour plus cru sur les mécanismes qui conduisent une 'belle âme' plutôt innocente (dans tous les sens du terme) à risquer de se fondre dans un climat généralisé d'abjection, objet d'un premier rejet catégorique avant que la tentation ne gagne, sous la pression de circonstances insupportables. Et comme (presque) toujours dans la littérature portugaise, c'est le contraste -- ici brutal et sans fard -- entre une réalité contemporaine sordide et le glorieux passé conquérant de l'aventure épique: les boutiquiers et trafiquants en tout genre, de matières premières et de main d'oeuvre pareillement, remplaçant les héros épiques des XVIe et XVIIe siècles, qui ont ouvert les voies de la navigation amazonienne, et dont les exploits sont brièvement, mais intensément, rappelés en cours de récit.

Reste aussi -- et on peut même juger que c'est le meilleur du livre -- à chaque page ou presque, une évocation saisissante de la nature amazonienne, dont l'appréhension allie indissociablement fascination et répulsion, beauté et horreur d'un monde comme animé d'une hostilité essentielle à la pénétration de l'homme étranger, toujours en constant changement dans la danse infernale des rythmes de vie et de mort, au gré des crues et des décrues du fleuve où rien ne dure, tout se transforme, se compose et se décompose, jusqu'à ce que se perdre même le sentiment de la permanence de l'être.

Tenez, un exemple parmi tant d'autres de ces beaux passages -- intégrant l'évocation de la nature dans la perspective historique des premiers aventuriers lusitaniens:

"Perdus au coeur de la forêt, quand ils pensaient à leur lointaine petite patrie, le Portugal leur paraissait irréel, un jeu de leur imagination enfiévrée et, peut-être même, que le Portugal n'existait pas; et ceux qui en gardaient souvenance arrivaient alors à douter de leur propre existence, et ils s'interrogeaient. Ne rêvaient-ils pas? n'étaient-ils pas les figurants d'un voyage imaginaire, les personnages d'un récit de voyage, d'un récit fait par le survivant de quelque expédition qui les avait précédés, d'un soldat que l'on croyait mort et qui serait revenu pour parler des autres, de ses compagnons, d'eux-mêmes? Devant tant de contrastes qui s'amplifiaient et qui s'opposaient de plus en plus et qui se multipliaient de jour en jour, ils n'étaient plus que des entités, et le passé, et leur vie présente étaient le délire de leur imagination déréglée. Peut-être servaient-ils de truchement à une  âme défunte qui avait besoin d'âmes fictives ou de fantasmes pour donner un semblant de réalité à ce monde en formation, comme si dans une hallucination collective on les faisait assister à une histoire de création et ressurgir devant leur yeux un univers préhistorique... et peut-être que, tout à coup, sans que rien ne le fasse pressentir, se réveilleraient-ils de leur mauvais rêve et que ce long cauchemar s'évanouirait subitement, sans laisser de trace?" (p. 57-58)

Seuls les indigènes bien sûr sont capables de vivre dans cet enfer; leur présence dans le récit est à sa manière aussi fantomatique: de purs sauvages, invisibles, énigmatiques et cruels, inspirant une terreur constante aux habitants des exploitations forestières victimes de leurs razzias épisodiques; certes, le lecteur moderne pourrait s'indigner de la tonalité raciste de ces évocations, mais ce serait oublier que ces propos sont ceux des personnages, saisis dans leurs peurs et leurs préjugés -- derrière lesquels se profile une autre réalité, suggérée par l'auteur: celle des vrais et légitimes 'indigènes', vivant en symbiose avec une forêt qui les protège, les dissimule et les nourrit, à laquelle ils appartiennent entièrement, au point de participer, comme les plantes et la faune, à son mirage en perpétuel mouvement. Tout autres, donc, que ces corps étrangers uniquement attirés par l'appât du gain, et condamnés à pourrir dans l'abandon et une animalité à peine maquillée d'oripeaux civilisés, et toujours condamnés à la défaite face à la puissance de résistance de la nature sauvage.

Enfin, notez que le traducteur français, qui n'a pas peu contribué à la diffusion de l'oeuvre chez nous, n'est autre que Blaise Cendrars (édition: Grasset, Les cahiers rouges, 287 p.)

 

Enfin-enfin, puisqu'on est sur le thème: honte à vous si vous n'avez pas encore lu Le vieux qui lisait des romans d'amour, premier roman et sepulveda vieux.jpgpur petit bijou de Luis Sepulveda (Métailié, 1992, 130 p.): un autre coin de la même Amazonie, parcouru, pour de toutes autres raisons, par un autre double d'auteur, avec une inspiration là aussi très autobiographique: Sepulveda a en effet vécu dans sa jeunesse au sein d'une tribu amazonienne, et sa connaissance intime de la forêt, qui est au coeur du récit, doit tout à cette expérience qu'il partage avec son personnage.

Il me revient d'ailleurs que j'en avais déjà cité un passage, fort instructif, surtout s'il vous prend l'envie de chasser le ouistiti (lien).

Et comme d'hab', bonnes lectures!

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