06.03.2009

Preuve ontologique de l'existence de Dieu - la suite

En guise de Pensée du Jour-bis: viendrai-je à bout du scepticisme de l'excellent Alain Lecomte (son commentaire à ma note : lien), et d'autres éventuellement, en invoquant cette fois le témoignage concordant de l'ami Bakchich (à qui j'emprunte l'image ci-dessous)? Si la grand-mère du roman de Milena Agus n'a pas convaincu, je retente le coup avec J. Séguéla:

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Ecrire ou ne pas écrire, that is the question

La Pensée du Jour vous est généreusement offerte par Thomas Thompson, protagoniste-narrateur du roman d'Albert Sanchez Pinol, Pandore au Congo (Actes Sud, 2007) -- évoquant une réflexion faite de son passage dans les tranchées de la guerre de 14, à un moment où les Allemands détruisent méthodiquement les églises romanes environnantes:

"(...) Si je renonçais à la littérature pour me consacrer, simplement, à écrire des feuilletons, ce que je faisais, c'était grossir les rangs de la résignation humaine. Chaque bon livre que je n'écrirais pas serait comme un clocher détruit." (p. 261)

24.02.2009

Preuve ontologique de l'existence de Dieu

Selon la jeune narratrice du roman de Milena Agus, Battement d'ailes (Liana Levi, 2008, p. 81-82):

"Grand-père dit qu'il ne voudrait pas de cette femme, même si c'était la dernière restée sur terre et qu'il s'agissait de la prendre non pas sous son toit ou dans son lit, mais comme voisine de caveau. Mais la grand-mère des voisins est un être humain important parce qu'avec son cerveau plus petit qu'un petit pois, elle est la preuve ontologique de l'existence de Dieu. Comment pourrait-elle en effet, alors qu'elle manque autant de cervelle, marcher, parler, exprimer des pensées et éprouver des sentiments si l'âme n'existe pas? Donc l'âme existe. Donc Dieu existe."

19.02.2009

Poupée vaudoue

Ce n'est pas parce qu'on snobe La Princesse de Clèves qu'on n'a pas de lettres: telle procédure judiciaire récente n'a pu, à l'évidence, qu'être inspirée par la lecture attentive, en très haut lieu, de Balzac, et de surcroît d'un des moins connus, en l'occurrence l'Etude philosophique intitulée Sur Catherine de Médicis -- et jusqu'au bout en plus, puisque c'est près de la fin qu'on y trouve ces considérations sur les pratiques magiques, à propos de Cosme Ruggieri:

sarkozy-saint-valentin-baratin-4.jpg"Il convint d'avoir fourni à La Mole une figure représentant le roi, piquée au coeur par deux aiguilles. Cette façon d'envoûter constituait, à cette époque, un crime puni de mort. Ce verbe comporte une des plus belles images infernales qui puissent peindre la haine, il explique d'ailleurs admirablement l'opération magnétique et terrible que décrit, dans le monde occulte, un désir constant en entourant le personnage ainsi voué à la mort, et dont la figure de cire rappelait sans cesse les effets. La justice d'alors pensait avec raison qu'une pensée à laquelle on donnait corps était un crime de lèse-majesté."

(La comédie humaine, t. 7, Seuil - L'Intégrale, p. 224-225).

 

Pour l'anecdote, il est intéressant de comparer ce texte avec La Reine Margot de Dumas (publié quelques années après), qui s'en est manifestement inspiré ici ou là (scène de torture par les "brodequins"; image de la figure au-dessus de la fraise comparée à la tête de Jean Baptiste sur son plateau, etc.); plus intéressant dans le cas présent, Dumas a en fait fondu (avec succès) en un seul personnage les trois figures historiques distinguées par Balzac: les deux frères Ruggieri, Cosme et Laurent, et le parfumeur René; c'est ce dernier, chez Dumas, qui concentre les attributions de parfumeur-empoisonneur, astrologue et devin de la Reine-mère, et témoin à charge au procès de La Mole (lequel La Mole, je vous le rappelle en cas de besoin, est l'ancêtre modèle revendiqué dans Le Rouge et le noir de Stendhal par Mlle de La Mole : on s'est beaucoup intéressé aux personnages et aux histoires du temps des Valois dans les années 1830-1848!)

A replacer dans ce contexte (monarchie de Juillet), la tentative d'interprétation historique de Balzac (et d'autres), qui cherche dans les Guerres de Religion l'antécédent et comme le patron de l'antagonisme entre monarchie et républicanisme: le catholicisme comme colonne vertébrale de la monarchie, le protestantisme comme porteur en germe de l'esprit républicain qui annihile les différences de rang; dans cette optique, pour Balzac (dans la troisième et dernière partie, "Les deux rêves"), le couple sanglant Robespierre-Marat apparaît comme l'héritier de la Catherine de la Saint-Barthélémy, en image en quelque sorte inversée: ce que Catherine fit (ou voulut faire) au profit de la Couronne par le meurtre des Réformés, les Jacodins le firent au profit du Peuple par la Terreur. Bon, il faut le reconnaître, le tout dans un esprit horriblement conservateur, où Balzac, en apologiste du crime d'Etat, ne donne pas vraiment son meilleur...

 

Mort aux idées

Egalement sous la plume de Dumas dans La Dame de Monsoreau (éd. Folio, p. 479-480), ce conseil avisé donné par le duc de Guise au roi  Henri III :

"– Les hommes, continua le duc, les hommes sont visibles, palpables, mortels ; on les joint, on les attaque, on les bat ; et, quand on les a battus, on leur fait leur procès et on les pend, ou mieux encore. (...) Mais les idées, continua le duc, on ne les rencontre point ainsi. Sire, elles se glissent invisibles et pénétrantes ; elles se cachent surtout aux yeux de ceux-là qui veulent les détruire ; abritées au fond des âmes, elles y projettent de profondes racines ; et plus on coupe les rameaux imprudents qui sortent au dehors, plus les racines intérieures deviennent puissantes et inextirpables. Une idée, sire, c'est un nain géant qu'il faut surveiller nuit et jour ; car l'idée qui rampait hier à vos pieds demain dominera votre tête. Une idée, sire, c'est l'étincelle qui tombe sur le chaume, il faut de bons yeux en plein jour pour deviner les commencements de l'incendie, et voilà pourquoi, sire, des millions de surveillants sont nécessaires."

Heureusement, tout cela, c'est de l'histoire ancienne.

17.02.2009

My own private Martine

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Surexcité

Sous la plume du père Dumas, dans La dame de Monsoreau (Cinquième volume, chap. XXI ; éd. Folio, p. 830):

"La surexcitation tient lieu à quelques hommes de passion réelle, comme la faim donne au loup et à la hyène une apparence de courage."

C'est drôle, ça me fait penser à quelqu'un. Mais qui?

07.02.2009

Miroir, mon beau miroir

"Chaque homme, même le plus indifférent aux avantages physiques, a, dans certaines circonstances, avec son miroir des conversations muettes, des signes d'intelligence, après lesquels il s'éloigne presque toujours de son confident, fort satisfait de l'entretien."

A. Dumas, La Reine Margot, chap. XVIII, p. 232 éd. Folio.

 


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(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

(merci à Sarkostique)

03.02.2009

Question de taille

J'ai déjà eu plus d'une occasion de le dire: tout est dans Montaigne (et inversement); par exemple:

"Or je suis d'une taille un peu au dessoubs de la moyenne: ce deffaut n'a pas seulement de la laideur, mais encore de l'incommodité: à ceux mesmement qui ont des commandements et des charges: car l'authorité que donne une belle presence et majesté corporelle, en est à dire (= leur manque). C. Marius ne recevoit pas volontiers des soldats, qui n'eussent six pieds de haulteur. Le courtisan a bien raison de vouloir pour ce gentilhomme qu'il dresse, une taille commune, plustost que toute autre: Et de refuser pour luy, toute estrangeté, qui le face montrer au doigt. Mais de choisir, s'il faut à cette médiocrité, qu'il soit plustost au deça, qu'au delà d'icelle, je ne le ferois pas, à un homme militaire. Les petits hommes, dit Aristote, sont bien jolis, mais non pas beaux: et se cognoist (= l'on reconnaît) en la grandeur, la grande âme, comme la beauté, en un grand corps et hault. Les Aethiopes et les Indiens, dit-il, elisans leurs Roys et Magistrats, avoyent esgard à la beauté et procérité des personnes. Ils avoient raison: car il y a du respect pour ceux qui le suivent, et pour l'ennemy de l'effroy, de voir à la teste d'une trouppe, marcher un chef de belle et riche taille:
Ipse inter primos praestanti corpore Turnus
Vertitur, arma tenes, et toto uertice supra est.
Notre grand Roy divin et celeste, duquel toutes les circonstances doivent être remerquées avec soing, religion et reverence, n'a pas refusé la recommandation corporelle, speciosus forma prae filiis hominum. Et Platon avec la temperance et la fortitude, desire la beauté aux conservateurs de sa republique. C'est un grand despit qu'on s'addresse à vous parmy vos gens, pour vous demander où est Monsieur: et que vous n'ayez que le reste de la bonnetade, qu'on fait à vostre barbier ou à vostre secretaire. Comme il advint au pauvre Philopoemen: estant arrivé le premier de sa trouppe en un logis où on l'attendoit, son hostesse, qui ne le cognoissoit pas, et le voyoit d'assez mauvaise mine, l'employa d'aller un peu aider à ses femmes à puiser de l'eau, ou attiser du feu pour le service de Philopoemen: Les gentils-hommes de sa suitte estans arrivez, et l'ayants surpris embesongné à cette belle vacation (car il n'avoit pas failly d'obeïr au commandement qu'on lui avoit faict) lui demandèrent ce qu'il faisoit-là: Je paie, leur respondit-il, la peine de ma laideur."

Essais, II, XVII "De la presumption", p. 679 Pléiade, 2007.

 

Et pour bien commencer le semestre, sous le haut patronage de Sarkostique, une image pieuse :

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10.01.2009

Subtilité adverbiale

Avez-vous remarqué que dans le monde de Proust, en règle générale, on n'est pas (simplement) riche: Madame Verdurin est "excessivement riche", de même lady Rufus Israels (la tante de Swann), Norpois est "colossalement riche", etc. Tout est dans l'adverbe, évidemment.

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