08.12.2008

L'instrumentaline

Inutile de vous précipiter sur votre Petit Larousse: L'instrumentaline, c'est le néologisme formé ad hoc par le paterfamilias pour désigner (et stigmatiser) la bicyclette de son fils, dans le très court récit de la portugaise Lidia Jorge qui porte ce titre (Métailié, 48 p., 1995).

Jorge instrumentaline.jpg

Inutile aussi, semble-t-il, de vous précipiter chez votre libraire préféré pour réclamer l'opuscule en question à cors et à cris, puisque, d'après ce que je vois sur mon exemplaire (que j'ai trouvé par hasard d'occasion), il s'agit d'un tirage  hors-commerce limité à 1500 exemplaires. Bonne chance aux chasseurs de curiosités bibliophiliques...

En tout cas cette diffusion si restreinte est bien regrettable, car il s'agit d'un joli texte, évoquant le souvenir d'une enfance perdue, illuminée par l'aura d'un oncle adepte, donc, du vélo, et aussi de la photographie, qui un jour emmena avec lui la narratrice sur son porte-bagage pour une séance de pose campagnarde -- avant de disparaître dans la nature, par refus de se plier aux ordres du père voulant attacher son dernier rejeton à une terre agricole signifiant l'enracinement dans l'archaïsme, et aux soins des vieux jours du patriarche entouré d'une nuée de belles-filles, autant dire une condamnation à être enterré vivant.

Beaucoup de délicatesse dans cette peinture du souvenir, beaucoup de suggestions pleines de mélancolie pour le temps passé et l'incroyable capacité de l'enfance à s'inventer des rêves, qui se cristallisent sur ce parent élevé au rang de Chevalier servant, avec sa bécane pour sublime Rossinante...

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