26.09.2008

Un palais à ne pas manquer

Lors de votre prochain séjour à Rome, vous ne manquerez d'aller présenter vos hommages aux descendants de l'illustre famille Doria Pamphilj, toujours propriétaires et habitants du palazzo du même nom, sur la Via del Corso: un gigantesque monstre tout noir, faute d'avoir été ravalé, qui abrite une énorme collection d'oeuvres (essentiellement peinture), toujours présentée 'à l'ancienne': tableaux serrés les uns au dessus des autres, association d'oeuvres originales et de copies comme cela se faisait dans toutes les grandes collections privées, etc.

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Le cadre lui-même est somptueux, même si l'entretien laisse à désirer (plafonds craquelés ou fendus) -- mais l'endroit reste l'un des plus représentatifs du luxe des grandes familles romaines au XVIIe.

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On doit l'essentiel du fond (et des fonds) à la redoutable Olympia Aldobrandini (dont le patronyme se retrouve, amputé de sa dernière syllabe, dans Le rivage des Syrtes de J. Gracq) -- maîtresse femme s'il en fut, et éminence grise (ou âme damnée, comme on veut) du pape Innocent X, son beau-frère... et accessoirement son amant.

 

 

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Parmi les monumenta familiaux, l'incontournable de tous les incontournables, c'est bien sûr le célébrissime portrait dudit Innocent X par Velasquez; tableau qui ne plut pas vraiment à son modèle et commanditaire, qui le trouva "trop vrai". C'est le portrait qui inspira, ou plutôt hanta Francis Bacon, qui en proposa toute une série de reprises, toutes plus terrifiantes les unes que les autres; il faut dire que la matière était riche, et de fait, l'original de Velasquez est au moins aussi terrifiant que les Bacon.

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D'autres représentations du même pape ne sont à vrai dire pas beaucoup plus flatteuses; notamment deux très beaux bustes du Bernin; deuxdoria_pamphili_2_bernini_dn_r3_c2.jpg seulement, car Bernin était le protégé du prédécesseur d'Innocent X, Urbain VIII, un Barberini auquel Innocent X vouait une haine féroce; c'est pourquoi il marginalisa Bernin, et aussi s'empressa d'accuser la famille Barberini d'avoir ruiné le Saint Siège et de confisquer ses biens.

Parmi les autres belles curiosités de la Galleria, de très beaux tableaux de Bruegel, en particulier un cycle décoratif de petits formats sur les éléments naturels, et une énigmatique vue de Naples à la sauce flamande.

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19.09.2008

Traductions juxtalinéaires

Une bonne âme a eu la généreuse idée de créer un site où sont disponibles gratuitement (car libres de droits) les anciennes éditions scolaires dites "juxtalinéaires" -- un vrai bonheur pour faire du "petit latin" et du "petit grec", puisque tout le travail de traduction y est en quelque sorte prémâché.

lien : http://juxta.free.fr/

Bien entendu, ces éditions (qui datent en général de la fin du XIXe et du tout début du XXe) sont souvent très peu fiables, pour ce qui est de l'édition du texte proprement dit (surtout en ce qui concerne les poètes grecs), mais il n'empêche qu'elles demeurent très utiles pour s'entraîner.

Pensez un peu que dans des temps reculés (je parle de ceux où j'étais étudiant) il fallait courir les librairies d'occasion et les bouquinistes, de préférence au fin fond de la campagne française, dans l'espoir de découvrir, avec l'aide des dieux, un ou deux de ces précieux volumes, qu'on ramenait chez soi tel des dépouilles opimes portées au Capitole...  Les jeunes d'aujourd'hui ne mesurent pas la chance qu'ils ont...

traductions

De très nombreuses traductions numérisées (avec ou sans le texte original) d'auteurs anciens sont disponibles sur le site de M. Philippe Remacle :

http://remacle.org/

Tant qu'à faire de faire joujou avec internet, profitez-en pour découvrir une foule de textes, célèbres ou obscurs -- dont beaucoup sont d'ailleurs difficilement accessibles au "grand public" dans l'édition traditionnelle.

16.09.2008

RV au Carrefour

Pour aller plus loin :

un site 'haut de gamme' sur la recherche consacrée à Rome et à la latinité :

http://www.compitum.fr/index.php (compitum = "carrefour")

un autre site, qui offre en ligne (entre autres ressources) une énorme bibliothèque, tant grecque que latine - avec cette originalité de proposer aussi des traductions complètes (mais qui sont des traductions souvent 'vieillotes' - XIXe s. - choisies parce qu'elles sont libres de droits d'auteur) :

Bibliotheca Classica Selecta

Pour l'accès direct à la bibliothèque : http://bcs.fltr.ucl.ac.be/SLInf4.html#Hodoi

 

Un bon site sur la Rome Antique

Allez donc y faire un tour :

http://www.mediterranee-antique.info/Rome/Accueil_Rome.htm

Comme vous verrez, la page d'accueil vous propose de lire en ligne un certain nombre d'ouvrages classiques, ce qui est déjà précieux. Si vous cliquez sur "textes latins", à gauche, vous accéderez à une vaste bibliothèque, qui propose non seulement les textes en question, mais aussi des instruments de travail utiles: listes de vocabulaire, moteur de recherche dans les textes, etc.

Aussi plein d'autres choses (images notamment) que je vous laisse découvrir tout seuls comme des grands.

Rêve parfumé

bouquet garni.jpgOn lit chez le cosiddetto Premier mythographe du Vatican (II, 15) l'information suivante :

"(...) si tu mets un laurier à la tête de ceux qui dorment, leurs rêves se révèleront vrais."

Vous pouvez toujours essayer ce soir avec un bouquet garni.

 

N.B. : Pour votre gouverne :

Ledit Premier Mythographe du Vatican n'est pas un vieux monsieur amateur de mules Prada, mais l'auteur anonyme d'une compilation de notices mythologiques, datant du haut Moyen Age, première d'une série de trois, découverte au début du XIXe (1831) par le Cardinal Angelo Mai, grand érudit devant l'Eternel et au civil conservateur de la Bibliothèque Vaticane. On lui doit également, entre autres, la redécouverte du palimpseste des fragments du De republica de Cicéron.

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L'introduction à l'édition récente (1995) des Belles Lettres offre une synthèse intéressante sur les buts et la méthode de travail de l'auteur: il s'agissait pour lui de constituer un manuel à l'usage des lecteurs contemporains de textes poétiques latins (ceux qui étaient disponibles dans les écoles médiévales, principalement Virgile et Stace). Mais il ne semble pas avec eu à disposition d'encyclopédie générale, de celles que la Renaissance allait faire remonter à la surface (Bibliothèque d'Apollodore en grec; fables d'Hygin en latin). Il a donc compilé comme il a pu les informations disponibles principalement dans les scholies et commentaires médiévaux auxdits poètes, en s'aidant aussi d'aperçus généraux comme celui des dieux païens chez Isidore de Séville, et des réflexions allégoriques de Fulgence -- mais c'est à lui que revient le mérite d'avoir constitué le 'fichier' proprement dit que constitue son recueil.
Bien sûr, sur le fond, il y a beaucoup d'erreurs: altérations de noms; étymologies fantaisistes; croisements d'histoires diverses; confusions entre personnages, etc. Mais justement, la lecture en est intéressante, en ceci qu'elle montre comment, à cette époque, on pouvait essayer de rassembler une information brute en l'absence de tout modèle classique, et en puisant dans des sources éparses, elles-mêmes fautives à l'occasion: bref, une louable entreprise d'archéologie en milieu d'un relatif désert...
Et puis, on y trouve quelques perles, dont je vous donnerai quelques échantillons, si vous êtes sages.

 

 

14.09.2008

Rencontre

A vos carnets de bal !

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(cliquez pour agrandir)

12.09.2008

"La vie éclatante du chef"

 

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Pour preuve de l'inaltérable actualité des Classiques, on lit ceci sous la plume de Plutarque :

"On n'a pas besoin, sans doute, de contraindre la foule ou de la menacer. Quand les gens contemplent la vertu dans l'exemple bien en vue qu'est la vie éclatante de leur chef, ils pratiquent spontanément la sagesse; ils se joignent à lui dans l'amitié et l'entente mutuelles, avec l'aide de la justice et de la modération, pour mener une existence vertueuse et heureuse, qui est bien la plus belle réalisation de toute politique. Il a vraiment le caractère d'un roi, celui qui peut inspirer à ses sujets une telle conduite et de tels sentiments."

Vie de Numa, XX, 11-12 (trad. Ozanam, Gallimard-Quarto, p. 188).

10.09.2008

Deux vieilles dames (in)dignes

Curieux destins de ces deux vieilles dames italiennes (aujourd'hui décédées) qui se sont l'une et l'autre découvert une vocation de romancières à l'âge où la plupart de leurs semblables croupissent en maison de retraite, et dont les courts romans ont été récemment traduits en français.

prato.jpgDans Brûlures (45 p., éditions Allia), Dolores Prato évoque ses premières années de vie dans la réclusion d'un couvent, où l'avait jetée une naissance illégitime, et ses premiers pas hors du cloître au contact, enivrant et brûlant, du vrai soleil brillant sur le vrai monde. Avec une très grande finesse de notation, une ironie à la fois décapante et distanciée, et un art consommé de l'évocation discrète, qui font de cette nouvelle autobiographique un vrai petit bijou.

 

messina.gifDe son côté, Annie Messina a composé, avec Le Myrte et la Rose (183 p., éd. Viviane Hamy), un de ces faux contes orientaux, dans le style Mille et Une Nuits, qu'elle a d'abord publié sous anonymat, et sous les bons auspices de rien de moins que Leonardo Sciascia. On se prend volontiers au jeu de la fiction au carré, si je puis dire, dans cet orient de beaux princes, de harems somptueux et de palais presque enchantés, où se trame une histoire d'amour masculin qui s'apparente à des Mémoires d'Hadrien de l'immense Marguerite en version enturbannée -- à ceci près que l'auteur conserve à la passion un rigoureux platonisme qui marque une rupture radicale entre l'âme et la chair. Les dernières pages, où un désastre évité de justesse en cache un autre, embrassé de tout coeur, sont vraiment très belles.

A découvrir, pour chasser le blues pré-hivernal de rentrée.

07.09.2008

Notre Mère à tous

J'allais oublier !

Une merveille absolue, dénichée à la sublime Feltrinelli du Largo Argentina à Rome : les Opera omnia en italien de l'immortelle Dalida en coffret de 7 CD, sous le titre collectif "Italia Mia".

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Eh oui, je sais, on en pleure d'émotion.

Après ce bouleversant achat, on peut se remettre tranquillement, en admirant les vestiges des trois temples d'époque républicaine, qui trônent sur le Largo en question. On ne sait pas bien à qui ces temples étaient consacrés; on les désigne donc sommairement par des lettres (Temple A, B, C). Aujourd'hui, une chose est sûre, ils sont habités par une des plus belles collections de chats de la Ville, d'autant plus libres de s'y ébattre en liberté que les ruines ne sont pas accessibles au public.

Sur la photo ci-dessous (cliquer dessus pour l'agrandir), on peut deviner, derrière le bus un bout de la devanture (rouge) de la librairie Feltrinelli, autre temple incontournable du bon pélerin.

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