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16.07.2008

Comment planter un arbre?

Voici la réponse d'Erri de Luca :

"Je m'en vais dans le champ avec un jeune pommier à planter.

Je le pose par terre, je le tourne, je regarde ses branches à peine ébauchées prendre leur place dans l'espace qui les entoure.

Un arbre a besoin de deux choses: de substance sous terre et de beauté extérieure. Ce sont des créatures concrètes mais poussées par une force d'élégance. La beauté qui leur est nécessaire, c'est du vent, de la lumière, des grillons, des fourmis et une visée d'étoiles vers lesquelles pointer la formule des branches.

Le moteur qui pousse la lymphe vers le haut dans les arbres, c'est la beauté, car seule la beauté dans la nature s'oppose à la gravité.

Sans beauté l'arbre ne veut pas. C'est pourquoi je m'arrête à un endroit du champ et je lui demande:'ici, tu veux?'

Je n'attends pas de réponse, de signe dans la main qui tient son tronc, mais j'aime dire un mot à l'arbre. Lui sent les bords, les horizons et cherche l'endroit exact pour pousser. 

Un arbre écoute les comètes, les planètes, les amas et les essaims. Il sent les tempêtes sur le soleil et les cigales sur lui avec une attention de veilleur. Un arbre est une alliance entre le proche et le lointain parfait.

S'il vient d'une pépinière et qu'il doit prendre racine dans un sol inconnu, il est confus comme un garçon de la campagne à son premier jours d'usine. Je le promène avant de creuser son emplacement."

Trois chevaux (trad. D. Valin), Folio, 23-24.

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Ce Trois chevaux (Tre cavalli, 1999) est le plus beau roman de De Luca, l'un des plus grands écrivains italiens contemporains. A lire et à relire, sans modération. Et pour se faire une idée du personnage, on peut commencer avec deux textes personnels magnifiques :

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Pas ici, pas maintenant (Non ora, non qui, 1989; trad. Folio ; première édition française du même texte chez Verdier, sous le titre Une fois, un jour), qui, à travers une méditation sur une photographie de la défunte mère de l'auteur, évoque l'enfance napolitaine dans les années 50-60, et les premières expériences de la vie et du deuil.

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Le contraire de un (Il contrario di uno, 2003; trad. Folio) regroupe plusieurs textes qui poursuivent le portrait de l'auteur, en se concentrant sur ses expériences avec autrui -- notamment, mais pas seulement, dans le contexte de l'engagement d'extrême-gauche à partir de 68, date de son départ brutal de Naples.

Dans un tout autre genre, De Luca a publié plusieurs recueils de méditations personnelles sur l'Ancien Testament, publiés en trad. française chez Rivages-poches et Gallimard-Arcades: De Luca (qui a longtemps, par choix idéologique, travaillé comme manoeuvre sur des chantiers) se lève tous les jours à 5 heures, pour lire l'A.T. en hébreu...

 

14 juillet ?

Seul un esprit mal tourné pourrait y songer en lisant sous la plume de Hugo :

"Les Champs-Elysées, pleins de soleil et de foule, n'étaient que lumière et poussière, deux choses dont se compose la gloire."

Les Misérables, 1ère partie, livre III, ch. V, p. 138 éd. Pléiade.

 

15.07.2008

Un très beau livre italien

Dommage qu'ait sévi une fois de plus cette horripilante manie de transformer les titres originaux dans les traductions.

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En tout cas, à lire absolument: Ferdinando Camon, L'apothéose, Gallimard-L'imaginaire (trad. de Un altare per la madre, Garzanti, 1978).

Dans la angue la plus sobre qui soit, l'auteur y évoque la mort et le deuil de sa mère, paysanne pauvre de la région de Padoue. Dans sa jeunesse,  pendant la guerre, cette femme a sauvé la vie d'un homme poursuivi par des tueurs: le rescapé s'allie au veuf pour consacrer sur les lieux de l'événement un mémorial, à l'édification duquel le veuf va travailler avec acharnement, jusqu'à sa consécration comme autel de campagne d'abord, puis, finalement, autel d'église. C'est à la fois toute la vie du vieil homme qui passe dans ce travail, et avec elle toutes les solidarités campagnardes qui se manifestent dans un témoignage de reconnaissance. Et c'est aussi, dans l'écriture de ce récit, l'édification par le fils d'un monument de la mémoire en hommage à la mère morte, qui appartenait, elle, à un monde presque sans écriture ni mémoire gravée. lLe tout sans une trace de pathos ou de misérabilisme... Superbe, vraiment.

Mémoires d'un jeune homme pas rangé

Vous trouvez votre famille dysfonctionnelle? Vos premières expériences sexuelles ont été trop précoces au goût de votre entourage? Vous pensez avoir un léger problème d'alcool? ...

burroughs courir.jpgC'est que vous n'avez pas mesuré votre normalité à l'aune des mémoires d'Augusten Burroughs, en deux parties (trad. chez 10/18): Courir avec des ciseaux, suivi de Déboire. Horrifique et hilarant en même temps.burroughs déboire.jpg

Festival Belles Latinas

BellesLatinas.jpgAmis des Littératures d'Amérique du Sud, bondissez sur votre carnet de bal en prévision de ce festival !

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Conseil d'ami

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Profitez de vos vacances parisiennes pour aller voir la très belle exposition Peter Doig au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris : magnifiques paysages, scènes semi-fantastiques, des couleurs splendides et une technique très intéressante...

doig2.jpgJusque au 7 septembre

11, avenue du Président Wilson

du mardi au dimanche, de 10h à 18h; nocturne le jeudi jusque'à 22h

doig3.jpgUn joli catalogue, 29€

www.mam.paris.fr

07.07.2008

Chroniques pour tous les goûts

Poésie italienne : Sinisgalli, Le moineau et le lépreux : lien

sinisgalli.jpg

Littérature brésilienne : Carone, Résumé d'Ana : lien

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Italie, encore : Parise, La colline des sept-vents (bilingue) lien

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Littérature française : Bergamini, Cargo mélancolie : lien

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Rhétorique à l'ancienne mode : Hervieu, Diogène le Chien : lien

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