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30.05.2008

Darcos Prix Nobel

Les esprits obtus ont pu croire que le sémillant ministre de l'Education Nationale avait tiré de son chapeau l'idée, il faut bien le dire, géniale, de faire enseigner n'importe quoi par n'importe quel enseignant, et de préférence plusieurs disciplines en même temps, sans que se pose la question de savoir qui sait quoi.

Apprenez donc que cette brillante idée est un pillage éhonté: elle a déjà été proposée, telle que dans la cervelle ministérielle, au futur Prix Nobel sud-africain J. Coetzee, rapportant ainsi un épisode de sa jeunesse:

"On l'envoie pour un entretien dans une école secondaire de Barnet, tout au bout de la ligne de métro nord. Il a une licence en maths et en anglais. Le directeur veut qu'il enseigne les sciences sociales; et de surcroît qu'il surveille deux après-midi de natation par semaine.

'Mais je ne sais pas nager, objecte-t-il.

- Eh bien, vous n'aurez qu'à apprendre, c'est tout simple, non?' dit le directeur." 

Vers l'âge d'homme, Points-Seuil, p. 62. 

28.05.2008

Raids de charité (bien ordonnée)

J'aime bien, parmi beaucoup d'autres, cette page du romancier portugais Antonio Lobo Antunes (à lire absolument) :

"Il ne travaillait pas les vendredis après-midi et faisait son possible pour meubler le long tunnel creux des fins de semaine avec de petites activités marginales, tout comme ses tantes qui, armées de chapelets, de bonnes paroles et de pièces de cinq tostôes, occupaient l'espace confortable de leurs matinées par des visites à ceux qu'elles appelaient avec un orgueil de propriétaire 'nos chers pauvres', créatures accommodantes que le croquemitaine inquiétant du communisme n'avait pas encore assaillies de doutes dangereux concernant la vertu de la petite sainte Conceiçâo. Le médecin les avait parfois accompagnées dans ces raids sinistrement pieux  ('Ne t'approche pas trop d'eux à cause de leurs maladies') dont il conservait le lancinant souvenir de l'odeur de faim et de misère et d'un paralytique qui rampait dans la boue au milieu des taudis, la main tendue vers ses tantes qui lui garantissaient, missel au poing, les magnificences de l'éternité à la condition expresse de respecter scrupuleusement l'argenterie de notre famille."

Mémoire d'éléphant, Points-Seuil, p. 92. 

Moustique à perruque pas partageur

Encore une fois, G. Perros:

"Nous sommes incapables de n'aimer qu'une fois, parce qu'en fait nous n'aimons jamais. Nous ne sommes jamais que sincères, ce qui nous va comme une perruque à un moustique."

"Je ne suis pas très enclin à faire aimer -- essayer -- ce que j'aime. Rien là de bizarre. J'imagine qu'on aime sa femme. Veut-on la faire aimer par autrui? J'entends aimer. On ne déteste pas de la montrer -- quand elle n'est pas trop laide, ou sotte ou désagréable -- on irait même  jusqu'à la donner, si l'aimant très fort, on trouveait un être capable de l'aimer davantage. A partir de là, à elle la parole."

Papiers collés II, Gallimard-Tel, p. 182 et 285. 

Patins, échasses, cothurnes, talonnettes: même combat

C'est Montaigne qui l'a dit:

"Pourquoi estimant un homme l'estimez-vous tout enveloppé et empaqueté? Il ne nous fait montre que des parties qui ne sont aucunement siennes, et nous cache celles par lesquelles seules on peut vraiment juger de son estimation (...) Il le faut juger par lui-même, non par ses atours. Et comme dit très plaisamment un ancien: savez-vous pourquoi vous l'estimez grand? vous y comptez la hauteur de ses patins. La base n'est pas de la statue. Mesurez-le sans ses échasses (...)."

Essais, I, 42 "De l'inégalité qui est entre nous" (nouvelle édition Pléiade 2007, p. 281)

Ledit ancien est Sénèque

" De tous ces hommes que tu vois habillés de pourpre, pas un n'est heureux. Tels ces princes de théâtre à qui le sceptre et la chlamyde sont assignés comme des attributs de leur rôle. Ils se pavanent devant le public, faisant la roue, dressés sur leurs cothurnes, puis, à peine rentrés dans la coulisse, ils se déchaussent et reprennent leur taille naturelle. De tous ces personnages que l'argent et les honneurs placent en un faîte élevé, pas un n'est grand. Mais pourquoi paraissent-ils grands? Tu mesure homme et piédestal ensemble. Un nain est toujours peti, même juché sur une montagne; un colosse restera grand, même placé dans un puits."

Lettre à Lucilius, 76, 31 (trad. Noblot/Veyne, Bouquins, p. 817.)

15.05.2008

Chaud devant les bonnes chroniques

Vous les aviez tant attendues, tant espérées... En retour de vacances, une petite brouettée de chroniques, comme toujours forcément sublimes:

 Deux titres sympathiques chez Métailié :

627639308.jpgdu Chili : Lien

233190344.jpgd'Argentine : Lien 

 

 

 

 

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Des nouvelles françaises... très... françaises...: Lien

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Un italien... très Mittleuropa : Lien

 

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