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31.01.2008

Parallèle

Dans le superbe roman d'Heloneida Studart, Le bourreau (Les Allusifs, 2007, p. 167), on lit ce portrait d'un tortionnaire sud-américain:

"Il rit et se redressa le plus qu'il put sur les talons surélevés de ses chaussures d'homme de petite taille. Il ne croyait pas en la folie. La seule forme de folie d'il connaissait était l'altruisme d'hommes comme Luis Inacio." (=une de ses victimes qui n'avait pas trahi les siens)

C'est bizarre, ça me rappelle quelqu'un... mais qui donc?... 

28.01.2008

Devoir en temps limité

Le prochain devoir en temps limité aura lieu:

Samedi 02/02,

de 9h à 13h,

Amphis Cauchy et Chasles

Le même jour, j'ai rendez-vous avec Madame ma banquière (Aïe!) -- mais tout bien considéré, cela n'a strictement aucun rapport. 

TD

 Les prochains TD de version auront lieu :

les mercredis 30/01 et 06/02,

de 9h à 11h,

en Salle de lecture

26.01.2008

Passion et mystère

Non, ce n'est pas le titre d'une nouvelle et passionnante série américaine de TF1.

Il s'agit d'un très grand petit texte du XVIIe siècle, les Lettres Portugaises -- plus connues sous le titre de Lettres de la religieuse portugaise, publiées sous l'anonymat en 1669 par le grand "libraire" (=éditeur) Barbin (pensez au duel Vadius/Trissotin, des Femmes savantes: "nous nous retrouverons seul à seul... chez Barbin"), et prétendûment traduites d'un original portugais authentique: cinq lettres sans réponse, d'une jeune religieuse s'adressant à l'officier français qui l'a séduite et abandonnée -- autant d'actes d'un drame intérieur d'une stupéfiante intensité, servis par une langue classique au sommet de sa perfection.

L'élément de mystère, c'est avant tout l'identité de l'auteur qui l'apporte: la fiction de la "vraie" correspondance traduite a si bien pris que les érudits ont pu croire, un temps, qu'ils avaient retrouvé ladite religieuse et son galant dans les placards de l'histoire du siècle, en les personnes d'une vraie recluse à la cuisse légère et d'un vrai bellâtre au coeur volage... alors que c'est une oeuvre romanesque, que les savants actuels s'accordent à attribuer à Guilleragues -- auteur mondain qui, pour le reste, ne fait pas exploser les anthologies pour non-spécialistes, mais qui a trouvé là l'occasion, parfois offerte aux seconds couteaux par un hasard capricieux, d'être touché par la grâce de l'inspiration.

Curieusement, pour être fort célèbre, ce texte échappe bien souvent (me semble-t-il) au canon des lectures faites "dans les écoles", et c'est un grand tort, car on ne se lasse pas de lire et relire ces monologues extraordinaires de force et de subtilité, sans un mot inutile, où se trouvent concentrées toutes les complexités de l'approche du sentiment amoureux par le "grand Siècle".

Si donc vous ne l'avez pas encore lu, vous devez, d'abord, mourir de honte, ensuite, vous ressusciter au plus vite pour faire acte de contrition et amende honorable, et je vous conseille pour cela, au choix ou en même temps, deux éditions très différentes et bien complémentaires. 

6787a2373a8ed7ba8348af05a9cb150c.jpgPour 1,50€, offrez-vous la petite édition Livre de poche-Libretti, aux bons soins d'Emmanuel Bury, qui propose une excellente préface faisant le point sur les questions d'histoire littéraire (notamment l'enquête très enlevée sur l'identité de l'auteur et les personnages) et la thématique du texte, ainsi qu'un remarquable appendice in fine sur le genre épistolaire dans la littéraire de l'époque: en quelques dizaines de pages, on y apprend ou revise beaucoup de choses très clairement présentées, qui sont tout aussi utiles pour aborder intelligemment toute sorte d'autres textes contemporains, et la lecture de celui-ci y gagne en profondeur. E. Bury offre notamment de nombreuses références à d'autres auteurs et textes, connus ou non, et reconstitue d'une certaine manière tout un pan de la vie artistique et affective contemporaine, et, ce faisant, "décode" comme on dit maintenant un langage de la passion où la rhétorique (au bon sens du terme) et le sentiment sont indissolublement liés. En prime, vous gagnez sur la couverture un de ces étonnants dessins, faits d'à peine quelques traits qui paraissent simplissimes, mais dont Matisse avait le secret: comme beaucoup d'autres de la même plume, ça à l'air tout bête... mais essayez donc d'en faire autant, et on en reparlera.

c680f8bc26114cff91e801dd768719b9.jpgPuis, pour le plaisir de l'oeil, on ne résiste pas au très beau petit volume des Editions Alternatives (10€) -- beau papier épais immaculé, typographie élégante avec lettrines raffinées, format allongé façon Actes Sud, surtout une riche illustration au fil des pages, faite de très belles calligraphies par Stéphanie Devaux qui accompagnent le texte avec beaucoup de bonheur.

Si avec tout cela vous ne tombez pas amoureux de ce texte, je ne vois qu'une solution: TF1... 

Les huit cahiers, bis

 Sur le roman d'Heloneida Studart, Les huit cahiers (lien), un article de Philippe Cesse beaucoup plus approfondi que ma modeste notule:

http://artslivres.com/ShowArticle.php?Id=815&Title=ST... 

La Pensée du petit matin

 

Encore bien vu par l'ami Sénèque :

"Il n'est pas d'âmes qui ravalent plus leur fierté que celles qui ont de folles prétentions, et nul n'est plus disposé à marcher sur les autres que celui qui a appris à faire des affronts à force d'en essuyer."

Les bienfaits, III, xxviii, 6, trad. Préchac/Veyne, Bouquins, p. 464. 

25.01.2008

Hommes d'Etat

 Croyons-en Sénèque, qui s'y connaissait en la matière:

"Tous ceux qui exercent des fonctions dans l'Etat ne considèrent pas le nombre d'individus qu'ils dominent; ils considèrent les hommes qui leur sont supérieurs; il ne leur est pas si agréable de voir beaucoup de gens après eux qu'il ne leur est pénible de trouver quelqu'un qui soit avant eux. Tel est le vice de l'ambition: elle ne regarde point derrière elle."

Lettre 73, trad. E. Bréhier, in Les Stoïciens, II, Gallimard-Tel, p. 789. 

24.01.2008

Veyne en verve

... évoquant "l'importance, en Grèce comme à Rome, de la clientèle et des bienfaits:

Un homme riche et puissant ne prouvait pas sa supériorité sociale en prenant pour miroir ses égaux, en ne fréquentant que ses pairs; il la prouvait plutôt en reflétant sa puissance et sa richesse sur un cercle d'inférieurs qu'il a obligés par ses bienfaits. Le monde gréco-romain est peu mondain, peu salonnard, peu snob; un homme important n'est pas quelqu'un qui est reçu chez les Guermantes, mais quelqu'un de qui dépendent de nombreux inférieurs. On cherchait la popularité plutôt que la distinction. (...) Un riche oisif, un vieillard sans enfants, ne sont socialement rien, s'ils ne s'entourent d'un cercle d'obligés, de parasites, de tapeurs, de pique-assiette. Voilà comment on mangeait sa fortune en ce temps-là, au lieu de fréquenter ses égaux et de la manger aux courses où à entretenir une cocotte."

En aussi : 

"Un sujet aimant rend des services autour de lui comme un pommier produit des pommes, comme un émetteur émet et comme un poète écrit: pour se soulager de son rayonnement."

P. Veyne, introduction au traité Les Bienfaits, in Sénèque, Entretiens - Lettres à Lucilius, Robert Laffont-Bouquins, 1993, p. 394 et 401.

23.01.2008

Cas de conscience

 

On avait laissé J.M. Ferreira de Castro avec Terre Froide (lien), on le retrouve avec La Mission, autre petit roman, également conseillé par l'excellente Isabelle de L'Imaginaire (que ferait-on dans la vie sans un bon libraire près de chez soi?) et également publié chez Grasset (Les Cahiers Rouges, traduit du portugais par L. Delapierre et Renée Gahisto, 1998, 1ère édition 1957, 168 p., 7,10€).

Une histoire d'une extrême sobriété, qui évoque la froide rigueur des architectures monacales, de celles où précisément elle se déroule: une petite mission catholique, perdue dans un coin de France au début de la deuxième guerre mondiale, précisément sur la route de la fuite des autorités gouvernementales devant l'envahisseur -- mais située à côté d'une construction jumelle, qui, ancienne mission de moniales lui faisant autrefois pendant, a été depuis désaffectée et convertie en usine, flanquée de sa petite cité ouvrière. Or en ce début de débâcle, les troupes allemandes bombardent les infrastructures industrielles susceptibles de soutenir ce qui reste de l'effort de guerre français. La décision est donc prise sans autre considération (dans un premier temps), comme cela s'était fait en 14-18 et se faisait alors ailleurs, de peindre sur le toit un grand "MISSION" destiné aux bombardiers allemands -- histoire d'éviter un pilonnage par méprise.

Mais l'un des membres de la communauté va aussitôt soulever le lièvre: ce faisant, ladite très petite communauté se protègera, certes, mais en exposant à la mort les centaines d'ouvriers et leurs familles -- presque un crime par procuration, en tout cas un confort et une sécurité achetés du prix (facile à payer pour certains) du sang des autres, du reste beaucoup plus nombreux -- et qui sait, peut-être aussi beaucoup plus utiles dans le monde d'ici-bas -- et en tout cas autant de futures victimes qui, elles, n'ont jamais prononcé quelque voeu de sacrifice que ce soit.

Le court roman est donc le récit des atermoiements et des débats à l'intérieur de la communauté, autour de ce cas de conscience, perçu du point de vue du responsable de la mission, plutôt brave homme dans le fond, mais secoué à son plus grand inconfort de l'inertie où l'avaient plus ou moins momifié l'âge venant, le confort durement acquis d'une vie qui cache son petit (ou grand) secret, et le désir d'achever son passage en ce monde sans faire de vagues. A travers cet épisode, ce sont aussi toutes les figures de l'histoire du temps qui traversent le champ, depuis la veulerie déguisée en sagesse nestorienne ou en componction sacrée d'un atroce cynisme, jusqu'à l'héroïsme d'autant plus émouvant qu'il est plus discret et dénué d'orgueil. Je vous laisse bien sûr le soin de découvrir la fin, qui est un délice d'ironie cruelle.

La plus grande qualité du texte, qui en a beaucoup, c'est donc son extraordinaire sobriété qui, me semble-t-il, évite tous les écueils du sujet, à commencer par le pathétique bas de gamme. Il en ressort une réelle grandeur sans caricature, et, pour qui serait (comme moi) un peu lassé des torrents de sensiblerie bon marché et des grands effets usés au coude qui accompagnent le plus souvent les productions consacrées de nos jours à ces thèmes et à cette époque, c'est une lecture vraiment bien venue -- en tout cas qui va à l'essentiel en le restituant à ce qu'il est, l'essentiel.

L'imagigraphe on line

 

Le site de la librairie L'imagigraphe commence à prendre tournure, même s'il reste pour partie "en construction" :

http://www.imagigraphe.fr/ 

 S'il vous prend l'envie d'y aller, et que vous ne connaissez pas déjà, n'hésitez pas à demander conseil aux libraires, qui sont (chose plutôt rare, par les temps qui courent) de vrais-libraires-qui-lisent-des-livres, font figurer sur les tables (en présentation souvent renouvelée) leurs "coups de coeur", vous conseilleront avec bienveillance, bonne humeur, et beaucoup de compétence.

Depuis quelque temps, la librairie s'est aussi enrichie d'un beau rayon de papeterie, de luxe ou de fantaisie, où on trouve beaucoup de beaux produits, notamment de la papeterie italienne : pour ceux qui "sèchent" toujours lamentablement au moment du calvaire des cadeaux, c'est toujours bon à prendre, sans se ruiner.

Rayon cadeaux, le coin "livres pour enfants" est également bien assorti, avec de beaux livres qui sortent de l'ordinaire de niais-mal-fait -- histoire d'arracher ces malheureuses têtes blondes (ou brunes) aux déformations de la télé-réalité. Ma petite nièce et filleule (pauv'gosse, qui ne méritait pas une telle marraine-fée... enfin on ne choisit pas ces choses-là) en est très satisfaite. C'est ça, faites les malins, vous verrez, que vous aurez l'âge...

Et puis pour les amateurs (dont à vrai dire je ne suis pas), il y a aussi un très bon rayon BD, apparemment au fait des dernières sorties "in" et des productions de qualité. 

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