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21.12.2007
Examen L1 LM 07
Rappel :
L'examen validant le module L1 LM 07 aura lieu à la place du dernier cours,
le mardi 08 janvier 2007
8h30-9h30 Grand Amphi Malesherbes
NB: Veuillez arriver en avance (à partir de 8h), afin de faciliter l'organisation de l'épreuve (merci à vous!)
AUCUN DOCUMENT N'EST AUTORISE
Contenu de l'épreuve: deux questions à traiter séparément, 1 sur chaque cours (J. Soler / F. Prost): notation 50%-50%
Bonnes vacances et bonnes fêtes à tous !
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Examen L5 LM 35
Je viens d'être informé de la date de votre examen :
23 janvier 2008 : 14-16 heures
NB: Toutes mes excuses, je me suis trompé sur la durée de l'épreuve, qui a changé depuis l'an dernier: l'épreuve dure deux heures : vous disposerez donc d'une heure par question (une question sur chaque cours, V. Naas / F. Prost).
Bonnes vacances et bonnes fêtes à vous !
07:55 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
COURS L1 LM 07 - # 8
V. LA RHETORIQUE DANS LA VIE POLITIQUE ROMAINE
1° Avant la rhétorique
= avant l'apparition de la rhétorique grecque (2ème s. av. JC), la parole publique s'exerce dans un système à 3 éléments:
- AUCTORITAS = autorité personnelle des grands personnages (patroni) dans une société très hiérachisée
- IUS = droit : très complexe (fond et forme); aux origines de Rome, sa connaissance est réservée au groupe des nobles et des prêtres; à partir du 5ème s. av. JC, le droit devient public, mais sa maîtrise suppose toujours des compétences spécifiques = reste un privilège de classe (celle des patroni)
- MOS MAIORUM = la tradition nationale, "des ancêtres" : référence absolue du conservatisme romain : le contraire d'une idéologie du progrès : la perfection a été donnée dans le passé, aux origines auxquelles il faut toujours se rapporter comme à un modèle indépassable; cette tradition est incarnéepar les grandes familles aristocratiques, dont font partie les patroni.
Dans ce cadre, la parole n'a pas pour but de persuader, et repose sur d'autres valeurs que la vraisemblance:
- => affirmation de l'autorité personnelle => fides = bonne foi / confiance
- => énonciation de la loi => obéissance
- => rappel de la tradition => imitation
2° Constitution de l'éloquence romaine
Avec l'apparition de la rhétorique (cf. ambassade des philosophes athéniens, 155 av. JC): introduction d'une nouvelle technique, reposant sur un nouvel usage de la parole (persuasion):
Tout de suite perçue comme une arme contre le système traditionnel (cf. réactions au discours de Carnéade) : a tout de suite séduit les "jeunes" hostiles aux conservateurs, dans le milieu des "populares" (=défenseurs des droits du populus contre la suprématie des "optimates"=classe sénatoriale)
En particulier: arme redoutable au service des "tribuns" = magistrats plébéiens élus pour défendre la plèbe contre les violences des magistrats supérieurs (disposent du droit de "veto" = "j'interdis": interdiction posée à l'action d'un magistrat qui vise un plébéien); les tribuns vont s'en servir pour susciter des réactions d'hostilité dans la plèbe, et s'attirer sa sympathie (cf. parties 2 et 3 de la rhétorique)
Réaction des conservateurs:
- D'abord rejet, puis adoption de la technique pour se défendre contre les populares;
- Volonté de restriction de l'enseignement, pour en conserver le privilège: jusqu'au 1er s. av. JC, l'enseignement de la rhétorique est interdit en latin: autorisé seulement en grec = pour ceux qui appartiennent aux classes aisées et cultivées
=> Rhétorique grecque, originellement liée à l'idéologie démocratique athénienne, se retrouve mise au service d'une idéologie aristocratique, dans une société inégalitaire:
cf. définition de l'orateur par Caton l'Ancien = "uir bonus dicendi peritus" = "homme de bien habile à parler" : "homme de bien" = au sens moral et surtout social: les boni = la classe dirigeante.
=> Maîtrise de la rhétorique devient inséparable de la qualité et de l'autorité personnelles de l'orateur = patronus
Evolution caractéristique de "l'éloquence" romaine : => connotations positives des termes français hérités du latin (cf. premier cours).
Conclusion:
L'orateur romain dans la vie politique républicaine:
Bon politique (magistrat, sénateur): a l'autorité de la fonction + maîtrise l'éloquence politique (genre délibératif)
Bon patronus: a l'éminence sociale (relation de clientèle) et l'autorité aristocratique + maîtrise l'éloquence judiciaire (bon avocat)
L'héritage culturel romain:
1er s. av. JC: Synthèse théorisée par Cicéron (orateur, avocat, homme politique, et philosophe) dans le De oratore:
Reprise de l'héritage grec, mais avec réconciliation de la rhétorique et de la philosophie opposées par les Grecs à partir de Platon: pour Cicéron, le bon orateur doit savoir persuader (rhétorique), mais au service du bien et de la justice et selon la vérité (philosophie)
=> Constitution de l'idéal humaniste; pour Cicéron : au service de l'Etat, dans l'action politique du dirigeant romain.
Problème: avec la guerre civile et la mise en place du pouvoir impérial, la classe sénatoriale se trouve pratiquement dépossédée de ses pouvoirs politiques: l'éloquence romaine n'a plus la même fonction politique que sous la République (cf. enjeu du Dialogue des Orateurs, de l'historien Tacite, vers 90-100 après J.C.);
=> Solution trouvée par Quintilien (contemporain de Tacite) dans l'Institution Oratoire (= "La formation de l'orateur"): indépendamment de la question politique, constitution d'un vaste programme d'éducation, de l'enfance aux études supérieures, subordonnant à la rhétorique toutes les disciplines des "humanités" (littérature, histoire, philosophie, etc.) pour permettre le meilleur épanouissement de l'intelligence et de la culture, en prolongeant le projet de Cicéron: valeur en soi de l'éloquence, entendue comme forme d'éducation culturelle.
= Modèle qui deviendra celui de l'éducation classique en occident, et définira le classicisme romain.
07:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
COURS L1 LM 07 : # 7
IV. LES FORMES DE LA RHETORIQUE ANCIENNE (suite)
B/ Les "devoirs" de l'orateur:
"devoirs" = lat. officia = les tâches, les choses à faire
- Probare (prouver), docere (instruire) : transmettre l'information, argumenter
- Conciliare (se concilier), delectare (charmer) : assurer bonne réception du discours en se conciliant la sympathie du public
- Mouere (émouvoir), flectere (infléchir) : susciter les émotions voulues chez les auditeurs
=> il n'y a pas de communication "neutre": le même argument est reçu différemment selon les sentiments du public envers la personne qui parle et par rapport au sujet
=> ce sont les rhéteurs qui ont inventé la "psychologie" = connaissance des émotions et du caractère humain, afin de pouvoir influencer les esprits
C/ Les "parties" de la rhétorique:
- Invention < inuenire = trouver : trouver les idées, les arguments
- Disposition : construire l'argumentation, faire le plan
- "Elocutio" < eloqui = "parler, s'exprimer" (NB : ne pas confondre avec français "élocution") : mettre en forme, trouver la bonne expression
- Mémoire : apprendre par coeur ou retenir les principales articulations du discours
- Action < agere = délivrer un discours
1-2-3: concernent "l'écriture" du discours => principes de la théorie littéraire (y compris moderne)
4-5: concernent la pratique de la rhétorique => principes de la communication
Opposition 1-2 / 3 : origine de la division classique fond / forme
NB: = cible de la critique littéraire moderne (années 60) cf. R. Barthes : voir synthèse de A. Compagnon, Le démon de la théorie, Points-Seuil.
3: Elocutio => principe de la théorie du style (figures, etc.)
4: rhéteurs = inventeur des procédés mnémotechniques; discipline nécessaire dans l'Antiquité car les discours n'étaient pas lus, mais délivrés sans notes; surtout = apparence de naturel beaucoup plus convaincante que la lecture d'un texte
5: Action : tout l'aspect "théâtral" du discours ("effets de manche", etc.); discipline rigoureuse de contrôle des gestes, des mouvements, de la voix, etc. : largement reprise par la "communication" moderne
06:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.12.2007
Cours L5 LM 35 - n°3
III. EPOQUE HELLENISTIQUE (3ème-1er s. av. J.C.)
- Mise en place d'un nouveau monde moins centré sur la cité;
- Importance accrue du sujet:
cf. M. Foucault: "souci de soi" => développement plus intérieur de la personne;
cf. P. Hadot: "la philosophie comme manière de vivre": théorie indissociable de la pratique, dans le choix (selon la philosophie) d'un certain mode de vie; recherche d'une harmonie avec la vie du monde;
= évolution favorisée par l'absence relative de repères existentiels institutionalisés (politiques ou religieux)
NB: d'où regain d'intérêt contemporain pour ces pensées hellénistiques (cf. M. Onfray, etc.)
Innovations les plus importantes:
- Fondation de deux nouvelles écoles:
"Jardin" = école épicurienne
"Portique" = école stoïcienne (gr. stoa = portique)
- Evolution fondamentale de l'école académicienne:
Virage sceptique d'Arcésilas (3ème s. av.) à Philon de Larissa (1er s. av.), en particulier en réaction au dogmatisme des deux nouvelles écoles; on parle alors de "Nouvelle Académie" (pour distinguer cette orientation de celle de Platon et de ses premiers successeurs; cependant, il s'agit toujours, institutionnellement, de la même école)
Traits communs aux trois:
- ce sont des institutions pédagogiques et scientifiques (cf. universités + centres de recherches)
- réflexion ordonnée par une vision téléologique: toute l'action humaine se rapporte à une "fin" (telos), qui s'identifie au "bonheur" (eudaimonia= parfait épanouissement de la personne)
- tripartition du savoir philosophique:
- "Physique" = connaissance du monde, de la réalité (< Phusis = nature)
- "Logique" = théorie de la connaissance (<Logos = raisonnement)
- Ethique = Théorie du comportement dans ce monde (comprend la politique comme sous-partie = comportement de l'homme dans la cité)
Opposition fondamentale:
Epicurisme et Stoïcisme:
- dogmatisme (un savoir absolument vrai sur le réel peut être conçu et formulé)
- naturalisme (toute la réflexion doit partir des données initiales de la nature, qui suffit à fonder le bonheur parfait)
- immanence (il n'y a absolument rien d'autre que la nature, où tout est donné)
Nouvelle Académie:
- Scepticisme (le monde est obscur, fuyant, et échappe à une connaissance absolument sûre)
- Anti-naturalisme et appel à la transcendance (la nature ne contient pas tout, notamment, elle est insuffisante pour fonder des valeurs morales, pour lesquelles il faut se rapporter à un ordre de réalité supérieur et extérieur à elle : cf. dieu hors de la nature)
EPICURISME : Points essentiels :
- Univers = infini, atomique; comprend une inifinité de mondes (dont le nôtre);
- Dans ce monde : l'homme = un composé atomique, entièrement mortel
- Comme tous les êtres animés, recherche le plaisir et fuit la douleur = "voix de la nature"; plus précisément, il recherche l'absence de douleur qui constitue en fait le plus grand plaisir possible
=> Pour vivre heureux, l'homme doit suivre cette disposition naturelle, en exploitant les ressources de sa raison à cette fin:
=> s'astreindre à une bonne hygiène de vie (pour éviter les douleurs inutiles et évitables): calcul par anticipation des plaisirs et des peines;
=> en cas de nécessité (douleurs inévitables), recourir à une thérapie efficace: compensation des peines par les plaisirs à disposition
= objectif ultime: "maximisation" du plaisir, identifié à la réduction maximale des souffrances; celui qui atteint cet état connaît alors le bonheur de qui jouit tranquillement du plaisir d'exister et de se sentir vivant, dans le temps limité de la vie. La nature n'a par elle-même aucun plan, aucune intention, ni universelle ni spécifique pour l'homme: il appartient à ce dernier seul de donner un sens à sa vie en tirant le meilleur parti possible de ce que la nature lui donne.
En conséquence:
L'Epicurien évite autant que possible de se mêler à la vie politique, qui est une source presque certaine de contrariétés et de souffrance
=> philosophie du "retrait", du "loisir" (latin otium), cultivé en particulier dans la micro-société de l'amitié, valeur fondamentale (car l'amitié vraie est source certaine de plaisir)
=> les valeurs morales et les vertus traditionnelles n'ont pas de valeur intrinsèque, mais une réelle valeur instrumentale: pratiquer les vertus et se comporter moralement assure plus de plaisir que le contraire.
Pour Epicure, la sagesse ainsi définie est bien accessible, et même plutôt facile à atteindre, avec l'ambition de se rendre ainsi "comme un dieu parmi les hommes" (les dieux sont le modèle du bonheur parfait); de fait, Epicure se considérait lui-même comme sage, et ses disciples lui ont ensuite constamment rendu un culte comme à un dieu.
STOICISME: points essentiels:
- Univers = un "cosmos": un tout structuré et organisé, d'où le hasard est exclu: tout procède par cause-effet; c'est même un organisme vivant à proprement parler, doué d'une raison
- La raison du monde est l'ensemble de ce qui fait que les choses s'y produisent en vertu de certaines causes, et qu'elles ont un sens (le monde n'est pas désordonné et absurde); les Stoïciens identifient "dieu", présent dans la nature, comme la raison du monde, qui donne sens à tout.
- Dans ce monde, l'homme = un être animé (parmi d'autres), mais le seul qui soit doué de raison, et donc capable de comprendre l'ordre du monde, d'en dégager le sens, et d'y participer activement en agissant avec raison; aussi l'homme est-il en fait "un fragment de dieu" (en tant que puissance individuelle de rationalité)
Notion fondamentale = gr. oikeiôsis: "appropriation" < adjectif oikeion = ce qui est propre à, approprié à
= théorie évolutive, présentant deux aspects complémentaires:
- "oikeiôsis personnelle":
Identifie ce qui doit être le bon développement de l'individu au cours de sa vie, à partir des données initiales de la nature:
Instinct premier de l'être vivant = conservation de soi, à travers la recherche de ce qui est approprié à la vie: tendance commune à tous les êtres animés;
Mais: passé un certain stade de développement (7-14 ans), l'homme devient aussi rationnel (ce que les autres vivants ne sont pas); alors, il doit prendre conscience que la conservation de soi doit aussi évoluer, vers la conservation de ce qui, en lui, est à la fois le plus précieux et le plus essentiel, c'est-à-dire sa raison, ce à quoi s'identifie son "soi": ses choix doivent alors être conditionnés par l'impératif d'être en toute chose parfaitement rationnel, même au prix de pertes matérielles, voire de sa propre vie;
=> l'oikeiôsis conduite à son terme détache l'homme de tout ce qui est extérieur à lui-même, pour concentrer son "souci de soi" sur l'exigence du bien moral, qui est de tout faire pour faire preuve de rationalité dans un monde lui-même rationnel, qui attend de l'homme que, par l'exercice correct de sa raison, il participe à la rationalité universelle;
Ainsi, la pratique des vertus est une exigence de rationalité: l'homme n'est pas fait pour vivre comme une bête au détriment de ses semblables (ce serait absurde qu'il soit alors doué de raison), mais au contraire pour mettre sa raison au service du bien, et témoigner ce faisant que les valeurs morales l'emportent infiniment sur les intérêts égoïstes.
- "oikeiôsis sociale":
La nature fait naître et exister l'homme au sein de cercles concentriques d'appartenance à des groupes humains de plus en plus larges (famille, voisinage, cité, humanité entière);
Il est donc naturellement approprié à l'homme d'entretenir de bons rapports avec autrui, en suivant sans solution de continuité le mouvement d'extension progressive qui le conduit de son entourage immédiat au souci du monde entier (unité de l'humanité comme espèce raisonnable);
=> les Stoïciens reprennent ainsi le vieux thème socratique du "cosmopolitisme", déjà repris par les Cyniques, mais dans un esprit très différent du cynisme: pour les Cyniques il y a solution radicale de continuité entre l'individu et le monde entier, par suppression des stades intermédiaires, rejetés comme artificiels et corrupteurs (notamment la cité); pour les Stoïciens, c'est le même mouvement qui fait passer de l'un à l'autre en préservant toutes les étapes:
=> Théorie précisée par l'idée des "deux cités":
- l'homme appartient à la "petite cité" = l'institution politique traditionnelle;
- il appartient aussi à la "grande cité" = le cosmos pensé comme une cité universelle, demeure commune de tous les hommes et des dieux.
Le principe général de l'oikeiôsis (personnelle & sociale) consiste à faire partir des données initiales de la nature un mouvement progressif de détachement par rapport aux attaches extérieures (biens, succès modains, pouvoir, etc.) et aux intérêts égoïstes (même vitaux), par identification du vrai "soi" à la rationalité de l'homme, qui comprend aussi sa définition comme animal social (puisque c'est la raison qui fonde et conserve la communauté, et qui rassemble toute l'humanité en une même espèce)
=> Stoïcisme = philosophie de l'engagement dans le monde.
(NB: sur toutes ces questions, une excellente petite synthèse: V. Laurand, La politique stoïcienne, PUF-philosophies, 2005, 12€)
Le parfait exercice de la rationalité se traduit par une théorie de la valeur:
Ce qui a (vraiment) de la valeur = exclusivement l'exercice de la rationalité au service du bien moral
Tout le reste = indifférent; mais: deux perspectives complémentaires:
- Ordre de la morale parfaite : par opposition au bien moral : totalement indifférent;
- Ordre de la "morale moyenne" : ces choses sont différenciées entre elle: toutes choses égales par ailleurs, la vie est préférable à la mort; un vol est moins grave qu'un meurtre, etc.
=> ce qui compte: faire un bon usage des indifférents; & c'est par la pratique répétée du bon choix des indifférents qu'on peut espérer accéder à la sagesse
Cependant: pour les St., la sagesse parfaite est extrêmement rare ("rare comme le Phénix"); mais il ne faut pas désespérer;
=> St = tension constante vers la perfection
Dans l'état de perfection, la tranquillité se marque par "l'apathie" = absence de tout pathos au sens d'émotion ordinaire, de trouble de l'âme: toutes les émotions (joie, chagrin, peur, etc.) témoignent de l'attachement aux choses indifférentes = font dépendre d'elles le bonheur ou le malheur; c'est pourquoi elles doivent être extirpées, comme de mauvaises réactions affectives à l'expérience de la vie
SCEPTICISME Néoacadémicien:
Argumentation anti-dogmatique vs. les deux grandes philosohies rivales:
vs. Epicurisme: cible = notion de "plaisir"
- s'il s'en tient à la logique du plaisir naturel, il ravale l'homme au rang de l'animal et sape toutes les valeurs morales;
- s'il prétend conserver les valeurs morales, et dans le cas (fréquent) où les Epicuriens sont gens de bien, il y a contradiction avec la doctrine du plaisir
vs. Stoïcisme: cible = oikeiôsis
- présente un idéal admirable de moralité, mais qui reste impossible à atteindre;
- les valeurs morales défendues par les Stoïciens ne procèdent pas en réalité du premier mouvement instinctif de l'être animé: pour être cohérents les st. doivent renoncer au naturalisme.
Contre l'enracinement tant épicurien que stoïcien dans la nature, les sceptiques pensent que la nature est par elle-même dépourvue de sens moral et incapable de fonder les valeurs: il faut sortir de l'ordre naturel, qui ne porte qu'à l'égoïsme, et se rapporter à un ordre transcendant qui est celui du divin, garant de la moralité dans le monde incertain et violent de la nature.
21:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.12.2007
Epictète, deuxième couche
Pour vos méditations hivernales:
"(...) il ne faut pas être impassible à la manière d'une statue : il faut maintenir nos rapports naturels avec autrui, comme homme religieux, comme fils, comme père, comme citoyen."
Entretiens III, 2, 4, trad. E. Bréhier
"Parce que je ne suis pas bien doué, devrai-je pour cela renoncer à faire de mon mieux? (...) Epictète ne sera pas meilleur que Socrate (...) mais si je désespère d'atteindre les sommets, ce n'est pas une raison pour renoncer à m'appliquer en toutes choses."
Entretiens I, 2, 35, trad. P. Hadot
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Micro-latin
Pour de micro-révisions pendant les vacances, à micro-prix, entre la dinde et la bûche :
"Latin pour débutants" est tout ce qu'il y a de plus élémentaire : essentiellement les bases de morphologie, presque rien sur la syntaxe; de très petits textes, avec traduction et annotations, ainsi que des "fiches" sur divers points de civilisation utiles, et de vocabulaire (expressions courantes, latinismes, etc.); bien concçu pour se remettre en selle quand on se sent perdu, ou pour assurer un tour d'horizon avant la dernière ligne droite.
"Rien de nouveau sous le soleil": de "vrais" textes, sur des questions de culture et de société, avec traduction et annotation; plutôt original, pour s'entraîner à de petites lectures cursives.
Bon courage... et bonnes vacances quand même!
21:35 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
On en est tous là
C'est Epictète lui-même qui l'écrit: 
Nous n'aimons pas travailler. Moi le premier, quand le jour se lève, je me rappellle brièvement quels exercices d'explication de texte je dois faire aujourd'hui. Et puis je me dis presque tout de suite : "qu'est-ce que cela me fait de savoir comment un tel expliquera le texte? L'essentiel, c'est de dormir."
Entretiens I, 10, 8, traduction P. Hadot.
20:10 Publié dans La pensée du jour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Galates
Les fameux Galates dont on a parlé ce matin:
Le Galate mourant du Musée du Capitole
Le suicide du Galate du merveilleux Palazzo Altemps

Une recherche express m'a fait tomber sur ce beau site, si bien nommé, où j'ai trouvé ces photos : Rome-passion
J'y ai aussi trouvé le lien d'un autre site fort utile, présentant des cartes historique: euratlas.
17:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.12.2007
Allégorie
Vous connaissez -- peut-être? sans doute? bien sûr? -- le passage de l'Odyssée (XIII, 102-112) décrivant un mystérieux endroit sur l'île d'Ithaque, antre consacré aux Nymphes, où Ulysse enfin rentré dans sa patrie va cacher, avec l'aide d'Athéna, les trésors offerts par les Phéaciens, avant de rejoindre, dissimulé par la déesse sous l'apparence d'un vieux mendiant, le porcher Eumée.
Voici ledit passage, dans la traduction réalisée par le poète Ph. Jaccottet alors tout bébé (Maspero-La Découverte): c'est une très belle traduction, le plus souvent fidèle -- sans aucune comparaison possible avec cette indignité qu'est la traduction Bérard inlassablement reproduite par Les Belles Lettres (bien mal nommées en l'occurrence), y compris dans leur collection de poche, à fuir absolument.
Peut-être ne savez-vous pas que ce passage a donné lieu à une lecture allégorique remarquable, par le néo-platonicien Porphyre (dont on a déjà parlé), et que par chance, ce texte a été conservé.
L'allégorie est un mode de lecture -- surtout pratiqué par les stoïciens, qui sont, autant dire, les inventeurs du genre en tant que tel -- consistant à supposer, pour le débusquer, un sens à la fois caché et figuré dans les textes canoniques (en premier lieu Homère; mais l'exercice sera repris, par exemple par Philon d'Alexandrie, appliqué à la Bible). Cela permet un assez virtuose exercice de va-et-vient entre le texte ancien et la doctrine moderne (stoïcienne pour le Portique, néo-platonicienne pour Porphyre): on suppose qu'est déjà présente, à la plus haute Antiquité, une vérité qui n'a été explicitée que beaucoup plus tard (par les maîtres du Portique pour les stoïciens, pour Porphyre par Plotin dans la continuité de Platon); et inversement, le témoignage antique ainsi sollicité est supposé conforter la vérité de la doctrine défendue.
Ainsi, pour Porphyre, l'énigmatique antre de l'Odyssée n'est ni la description d'un lieu réel, ni non pur une pure fiction poétique (un 'plasma') mais la mise en image de la structure profonde de l'univers (composé de matière et de forme), et les deux ouvertures dudit antre -- l'une pour les hommes, l'autre pour les êtres immortels -- figurent l'une la descente de l'âme dans la matière, l'autre sa sortie hors du devenir par assimilation au divin. Porphyre déploie des trésors d'imagination pour mener à bien sa conclusion, épluchant chaque mot du texte homérique -- et pour le lecteur, outre le plaisir du spectacle, c'est aussi l'occasion d'une bonne petite révision sur les "fondamentaux" (comme on dit en politique) du néo-platonisme, puisqu'à chaque particule du texte poétique Porphyre fait coller un point de doctrine. L'effort est parfois un peu laborieux, surtout dans ses considérations astronomiques, mais vaut vraiment le détour.
Cependant le plus intéressant, peut-être, en tout cas, dirais-je, le plus émouvant, ce sont les dernières pages, qui proposent une lecture (elle aussi allégorique bien sûr) de l'ensemble de l'épopée d'Ulysse, comme figure de l'âme livrée à l'errance -- pensez à l'importance capitale de ce registre chez Platon, qui l'associe toujours aux errements de l'opinion, par contraste avec la solidité et la fixité du vrai -- dans le monde illusoire et fuyant du sensible, en quête d'un retour salvateur au sein de l'unité du divin, qui marque son accomplissement comme essence divine et réconcilie l'âme à la fois avec sa vraie nature et avec l'univers tout entier.
Je recommande particulièrement l'excellente édition, reproduisant le texte grec de l'édition américaine de référence, avec une belle traduction et une énorme annotation, de Laura Simonini, Adelphi Edizioni, 2006 (1ère éd. 1986), 285 p., 14€.
Je vois qu'il existe aussi une édition française, avec texte grec, publiée chez Verdier, mais je ne la connais pas.
Enfin, si l'allégorie vous intéresse (qui sait?), les éditions Bompiani ont récemment publié un utile recueil de textes sources -- malheureusement sans le texte original, uniquement en traduction, sauf pour le très complexe Papyrus de Derveni ((avril 2007, 948 p., 31€): comme la jacquette est jolie, vous aurez droit à une photo souvenir.
21:00 Publié dans Petites notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






