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30.11.2007

Devoir annulé

 

J'apprends ce jour que le devoir prévu demain samedi est annulé, en raison de la fermeture des locaux de la Sorbonne décidée par le rectorat.

Mes excuses à celles et ceux qui, n'ayant pas été prévenus à temps, se seront déplacés inutilement.

Le texte de la version est disponible au secrétariat de l'U.F.R., et également téléchargeable ici: Agrég LM DST 1 - 01-12-07.rtf.

Dans la mesure du possible, je vous serai reconnaissant de me rendre vos devoirs mercredi prochain (si toutefois vous êtes accaparés par d'autres travaux déjà prévus, nous nous arrangerons).

Bon travail, et bonne fin de semaine à tous !

 

29.11.2007

Calendrier romain

 

Pas simple, le calendrier romain...

 

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 Document emprunté à l'excellente Enciclopedia dell'Antichità Classica, Garzanti, 2000, 1648 p, 37,18€

Amours tragiques

 

Echange entre Antigone et son oncle Créon, dans l'Antigone de Sophocle (v. 523-4):

"Antigone: Je ne suis pas née pour partager la haine, mais pour partager l'amour.

Créon: Eh bien, si tu dois aimer, va sous terre aimer ceux de là-bas." 

... Ambiance... 

28.11.2007

Corps à corps tragique

 

A relire les deux Œdipe de Sophocle – dans la belle édition italienne des Classici greci e latini de Mondadori – j’ai été frappé par la force de certains propos relatif au corps du personnage, par exemple :


Œdipe Roi, vv. 1387-8 :

« (…) rien ne m’aurait retenu de verrouiller mon misérable corps (athlion demas

Œdipe à Colone, vv. 109-110 :

 

« Ayez pitié de ce misérable fantôme (athlion eidôlon) de l’homme qu’était Œdipe : ce n’est plus le corps d’autrefois (to archaion demas). »


Œdipe à Colone, vv. 576-7 :

 

« Je viens t’offrir ce misérable corps qui est le mien (toumon athlion demas), présent qui n’est pas beau à voir. »


Œdipe à Colone, vv.1549-50 :

 

« Ô lumière sans lumière pour moi, un jour tu étais mienne, et aujourd’hui c’est pour la dernière fois que te touche mon corps (toumon haptetai demas). »

Faut-il rappeler que ces deux pièces (avec leur suite, l’Antigone) comptent parmi les chefs d’œuvre insurpassables de toute littérature, et qu’ils n’ont pas pris une ride ?

Pour une lecture agréable en français, on peut se fier à la traduction de V.H. Debidour (surtout connu par sa traduction héroïque d’Aristophane, dans la collection Folio) qui propose l’intégralité des trois tragiques grecs en un seul gros volume dans la collection La Pochothèque (Livre de Poche, 26 €) : elle est parfois un peu loin du texte, mais l’émotion et l’expressivité y gagnent ce que la précision y perd, et les courtes notices du traducteur présentant chacune des pièces sont très suggestives et fort intéressantes.

Pour lesdites pièces de Sophocle, je recommande, donc, l’édition italienne : Sofocle, Edipo Re – Edipo a Colono – Antigone, a cura di Dario Del Corno, traduzione di Raffaele Cantarella, Mondadori (Classici greci e latini), 1982 (8,40 €) qui reproduit le texte grec de l’édition Oxford de Pearson, en regard d’une traduction d’une exceptionnelle qualité, particulièrement agréable à lire et fidèle autant qu’une traduction peut l’être à la force tragique du texte.

 

26.11.2007

A la demande générale...

 

Sous les acclamations des foules en liesse (concrètement, à la demande d'Eve), le grand retour de la pensée du jour, qui était en RTT:

Pindare, donc, dans la traduction déjà citée de Marguerite Yourcenar, faisant parler dans la première Olympique le héros Pélops, demandant à son ex-amant Poséidon son aide pour la conquête de la main d'Hippodamie:

"Mais enfin, puisqu'il faut mourir, dois-je, étranger

A tout espoir, sans que jamais je me hasarde,

En quelque coin obscur m'asseoir, vieillir anonyme, sans avoir

Rien eu de ce qui est beau? (...)"

Première Olympique, vv. 81-83. 

 

Du même, les derniers vers de la dernière pièce du recueil, à propos d'un jeune vainqueur à la course des garçons:

"Va, Echo, aux lieux sombres où Perséphone règne sur les ombres:

Parle de gloire au père de cet enfant, ce Cléodame, et parmi les prés d'asphodèles

Que le Styx terrible environne,

Dis-lui que son fils sur ses beaux cheveux porte la couronne

Dont les rubans flottants au vent font un bruit d'ailes." 

Quatorzième Olympique, vv. 31-35.

Comme souvent, la traduction de l'immense Marguerite est (ici particulièrement) assez loin du texte, mais je l'ai préférée à d'autres plus exactes car elle transmet quelque chose de la poésie pindarique qui échappe complètement à la version scolaire. 

Notules express

 

Le temps passe, les lectures s’accumulent, et le blougue ne se nourrit pas tout seul (sale gosse). Donc, pour rattraper, une formule rapide.


Avec, pour commencer, un classique à (re)découvrir par où on le connaît moins : il s’agit d’Apulée (IIe siècle après J.C.), dont on lit ou a lu surtout le roman Les Métamorphoses ou l’Âne d’or, mais qui gagne aussi à être connu dans ses activités rhétoriques. Celles-ci sont représentées par un long plaidoyer, ainsi que par un recueil d’extraits.


Le plaidoyer porte, comme le roman, un double titre : l’Apologie, ou Sur la magie (de magia). Il s’agit d’un plaidoyer réel prononcé par Apulée pour sa propre défense face à une accusation de pratique magique – une histoire de famille assez sordide qui l’oppose à un clan d’ennemis personnels mécontents de son mariage avec une veuve assez riche, et plus très jeune. L’orateur, avec beaucoup d’art et d’esprit, tourne constamment en dérision ses accusateurs, et affecte le plus souvent de prendre l’affaire à peine au sérieux  -- d’où nombre de pages assez amusantes, car le drôle ne manquait ni d’humour, ni de fiel. Mais derrière cet écran de relative désinvolture, on perçoit bien l’enjeu réel, pour lui-même et son monde : en fait, en tout cas en théorie, Apulée risquait gros, et surtout, on voit grouiller tout un petit monde de bourgeoisie de province (Afrique en l’occurrence) oscillant entre intérêts sonnants et trébuchants et superstition plus ou moins noire. On n’est évidemment plus à la grande époque des envolées cicéroniennes sur le destin de la Respublica et on donne raison au Tacite du Dialogue des orateurs (tournant du 1er et du 2eme s.), qui voit dans la paix rétablie et la stabilité intérieure sous la domination impériale la mort légitime de la grande éloquence politique et judiciaire. Mais on apprécie aussi, dans cette rhétorique de second ordre, d’abord le témoignage sur le vif d’aspects bien concrets de la vie antique qui met de la chair et du sang dans le tableau, et ensuite – rhétorique pour rhétorique – une réelle virtuosité tant d’argumentation que de style, le tout (dans un plan d’ensemble bien net) allant volontiers à sauts et à gambades, porté par les courants de l’humeur un peu fantasque d’un personnage brillant, dont le brillant a parfois aussi le charme de la superficialité, et somme toute très attachant, avec assez de talent pour nous faire éprouver, aujourd’hui encore, cet attachement, assorti d’un sourire en coin pour ses petits ridicules. Il ne sont pas si nombreux, finalement, ces grands anciens, dont on se dit qu’on aurait bien aimé les connaître en vrai, pour le plaisir de la conversation, par exemple celles où on débine les collègues en jouant aux hyènes rieuses.


Quant au recueil, baptisé par la tradition Les Florides (sorte de correspondant latin du grec Anthologie, "recueil de fleurs"), il complète bien la lecture du plaidoyer. Ce sont de courts textes extraits sans doute par les soins de la pratique scolaire postérieure à Apulée, pris dans divers produits de l’activité rhétorique du maître, sans qu’il soit possible, bien souvent, d’identifier exactement le texte source, ni même, parfois, son genre exact. Il en ressort un panorama instructif, et d’ailleurs divertissant, de ce que pouvait produire l’éloquence le plus souvent d’apparat à la grande époque impériale, avec ses flonflons, ses flagorneries, ses morceaux obligés, et ses minutes philosophiques. Bien frais, bien agréable, comme dit Muriel Robin. On n’a pas tant à regretter la perte des ensembles dont ces morceaux sont tirés – au contraire, un certain romantisme rampant trouve à cette fragmentation presque le charme d’un recueil de poèmes en prose – avec profusion d’images empruntées à la nature telle qu’on pouvait la voir à travers le filtre de l’art raffiné des fresques et des décorations intérieures du goût post-alexandrin, et comme une légère ivresse de la parole qui s’écoute elle-même en même temps qu’elle charme un public oisif et cultivé. Rien qui change la face du monde, rien de sublime ni de vraiment profond, mais tout, ou presque tout, en grâce et en légèreté, en révérences et en ronds de jambe, avec tout ce qu’a de délassant, et d’un peu irritant, une éloquence pour petits marquis en toges barbouillés d’un platonisme, sans doute sincère, mais pour dire le moins, pas très approfondi. En tout cas l’image d’un monde dont le maître mot n’est pas de travailler plus pour gagner plus – vulgarité de garçon de ferme, ou de portefaix – mais la grâce : non pas les Grâces compassées et embaumées en momies néo-classiques aux allures de maritornes, mais une grâce légère, fût-ce au prix de la consistance, une grâce badine de danseuse aux mœurs assorties.

Maintenant, on n’est pas là pour rigoler. D’ailleurs les langues anciennes c’est pas rigolo. Donc, pour une cure de sérieux, on se tournera vers Pindare, les Olympiques pour commencer comme il se doit : là, c’est du lourd. A la vérité, il n’est pas aisé d’entrer dans cette grande lyrique chorale, absconde en grec et à peu près intraduisible, sinon au moyen de lourdes périphrases (ou alors, au prix d’un hermétisme quasi mallarméen). A défaut d’avoir la fibre pour ce genre-là, on peut quand même tirer profit de cette lecture, au moins à deux points de vue. D’abord, rien de mieux que Pindare pour saisir quelque chose de l’importance politique, sociale et culturelle des grands Jeux panhelléniques (Olympie bien sûr, mais aussi Delphes, Corinthe et Némée) au cours desquels le monde grec se donne lui-même à lui-même en spectacle, les principales cités rivalisant entre elles d’excellence dans l’exaltation des figures athlétiques. Ensuite, on y trouve la meilleure illustration de l’idéologie sociale aristocratique, qui à Athènes dut s’incliner devant le modèle démocratique : une idéologie où priment le sang et la lignée familiale, le talent comme manifestation naturelle d’une supériorité de caste, dont le concours athlétique est précisément la mise à l’épreuve, avec une gloire qui rejaillit (comme la honte en cas de défaite) sur le clan à l’intérieur de la cité, et sur la cité dans le cadre plus large du monde hellénique. Et derrière ou plutôt au-dessus de tout cela, la puissance divine qui expose les mortels au piège redoutable de la démesure (hubris) : poussant les meilleurs à l’exploit où s’achève leur aspiration à l’excellence… pour les attendre au tournant, gourdin à la main, lorsqu’ils se prennent trop au jeu, et les écraser comme des mouches quand ils se prennent pour des dieux.

Des hauteurs pindariques, on pourra redescendre bien bas, dans la basse-cour des fables de la tradition ésopique, avec un recueil très bien fait par D. Loyaza dans la collection GF Flammarion : une bonne édition bilingue, une traduction alerte, et un solide accompagnement de présentation et de notes. L’introduction, en particulier, est très suggestive, analysant avec finesse les caractéristiques essentielles de la « fable » comme genre et aussi les contextes de son usage. Plein de choses à apprendre, qui conduiront utilement à celle de la belle préface donnée par Alain-Marie Bassy aux Fables de La Fontaine toujours en GF Flammarion – un peu verbeuse, surtout dans les premières pages, mais qui vaut le détour quand même, par ce qu’elle éclaire des subtilités de La Fontaine dans son rapport au genre des Fables dans le contexte littéraire, et plus largement idéologique, du Grand Siècle. La fausse simplicité du genre, doublée de la simplicité tout aussi fausse de l’apparente moralité, dissimule un kaléidoscope très complexe dans lequel la figure de l’auteur apparaît constamment diffractée en mille reflets tantôt contradictoires, tantôt concordants, au sein d’un paysage de fiction qui joue du principe de la variation avec les figures familières aux lecteurs du temps, pour qui la Nature ne s’offre au regard qu’à travers l'écran des arts – notamment la peinture de genre et les arts décoratifs, dont les Fables sont bien souvent une véritable animation. Le préfacier souligne aussi à juste titre que l’unité du recueil repose sur l’exigence de connaissance de soi, qui constitue comme la clé permettant d’accéder au sens ultime de la fable, et comme l’unique salut, dans ce monde fuyant et scabreux de la fable comme de l’Ancien Régime. (On se rappellera à ce sujet que Socrate, l'homme s'il en fût du "connais-toi toi-même", consacra ses dernières heures, au témoignage du Phédon de Platon, à composer des fables à la manière d'Esope.)

Et pour finir on trouve encore à rire en lisant l’Apocoloquintose du divin Claude, commise par Sénèque, d’ordinaire plus pisse-froid, mais qui, dans cette courte parodie de panégyrique impérial, s’est vengé des humiliations subies sous le règne de sa victime littéraire. Le titre lui-même parodie l’apothéose des empereurs défunts en « transformation en citrouille » -- bien que de citrouille il ne soit pas question dans le texte : on y voit Claude, passé dans l’autre monde, traîner ses vices et ses ridicules au tribunal d’un Jupiter en peine de savoir que faire de cette âme contrefaite. C’est parfois d’une légèreté assez éléphantesque, mais dans l’ensemble ça se lit agréablement, et le comique reste plutôt efficace. Et plus sérieusement, ce texte illustre bien les ambiguïtés du rapport entretenu par la haute aristocratie romaine avec ses nouveaux maîtres, qui se sont imposés sur les ruines de la puissance sénatoriale ; il montre aussi, a contrario, quelles pouvaient être les qualités attendues d’un bon prince, et les enjeux proprement politiques des questions de personnes, de mœurs et de caractère chez les membres de la maison impériale.

That’s all folks (pour aujourd’hui).

Références :

Apulée, Apologie – Florides, Texte établi et traduit par Paul Vallette, Les Belles Lettres – C.U.F., 1924, 173 p.
Pindare, Olympiques, Texte établi et traduit par Aimé Puech, 3ème édition revue et corrigée, 1949, 159 p.
Esope, Fables, Traduction, introduction et notes par Daniel Loyaza, GF Flammarion – Bilingue, 1995, 300 p.
La Fontaine, Fables, Introduction et chronologie par Alain-Marie Bassy, Notes et bibliographie mise à jour (2007) par Yves Le Pestipon, GF Flammarion, 1995/2007, 538 p.
Sénèque, L’Apocoloquintose du divin Claude, Texte établi et traduit par René Waltz, Les Belles Lettres – C.U.F., 1934, 26 p.
 

21.11.2007

Agrég faute de mieux

 

Pour ceux qui n'ont pas pu venir ce matin :

- comme annoncé, je vous proposerai très prochainement un survol des points importants vus dans le texte de César;

- pour la suite des événements :

Les deux prochains cours (s'ils peuvent avoir lieu...) seront consacrés au corrigé de la version de Sénèque : merci de me faire parvenir votre travail, soit par mail (prost.fra@wanadoo.fr), soit via le secrétariat de l'UFR de latin, qui me les transmettra; si vous êtes sûr(e) de ne pas pouvoir vous déplacer prochainement, ou récupérer votre devoir auprès d'un camarade, indiquez-moi une adresse postale où vous envoyer votre copie corrigée.

Rappel : le DST n°1 aura lieu le samedi 1er décembre -- au cas où les locaux ne seraient pas accessibles, je mettrai le texte en ligne ici, vous la ferez chez vous et me la ferez parvenir par mail ou via l'UFR.

Je distribuerai la version suivante (à rendre avant les vacances de Noël, autant que possible) la semaine prochaine, et la mettrai en ligne pour ceux qui n'auront pas pu venir.

Pour le cas où la Sorbonne serait inaccessible mercredi prochain: RV devant l'entrée principale, on cherchera un refuge quelque part...  

 

Pour l'essentiel : pas de panique! Rappelez-vous que ce qui peut vous être le plus profitable pour le concours, c'est avant tout votre travail personnel: lisez et relisez vos texte au programme, consultez quelques ouvrages de référence (sans vous perdre dans un flot de bibliographie inutile) et ce que vous pouvez trouver de polycopiés ad hoc sur le marché; évitez de vous épuiser en transports aléatoires - et de vous angoisser au-delà des normes artisanales en vigueur pour l'agrégatif moyen... 

Bon courage! 

20.11.2007

Mercredi 21 novembre

 

J'essaierai de venir demain mercredi. Nous finirons le corrigé de la version de César. A demain donc, pour ceux d'entre vous qui pourront venir (pour les autres, je publierai ici un résumé des points les plus importants).

19.11.2007

Grasse matinée

 

En raison des prévisions de fortes perturbations demain mardi 20 novembre, le CM de civilisation romaine L1 LM 07 (J. Soler - F. Prost, 8h-10h) est annulé. 

Petit parcours ornithologico-platonicien

 

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En guise de pensée du jour, une image de vol d’oiseaux – bien appropriée à ces temps de grève des transports.
Attrapées donc au filet à papillons chez Platon, ces trois images que je trouve, personnellement, très charmantes:

Théétète, 197c-d :
Socrate – Vois maintenant si, la science aussi, il est possible, de la même façon, de ne pas l’avoir quand on l’a acquise – eh bien, c’est comme si quelqu’un avait pris à la chasse des oiseaux sauvages, des colombes ou quelque chose d’autre, et, ayant construit un colombier, les nourrissait à demeure : nous pourrions bien dire que d’une certaine façon, ces oiseaux, il les a toujours, puisqu’il les a bel et bien pris. N’est-ce pas ?
Théétète – Oui.
Socrate – Mais d’une autre façon, il n’a aucun de ces oiseaux : ce qu’il a gagné, concernant ces oiseaux, une fois qu’il les a placés à portée de main, chez lui, dans un espace clos, c’est la possibilité de les saisir et de les avoir quand il veut, ayant fait la chasse, à chaque fois, à celui qu’il choisit, et inversement de le relâcher. Et cela, il a toute latitude de le faire autant de fois qu’il en a l’idée.
Théétète – C’est un fait.
Socrate – Reprenons donc : tout comme, dans ce qui a précédé, nous fabriquions dans les âmes je ne sais quel moulage en cire, maintenant, créons à son tour dans chaque âme une volière d’oiseaux de toutes sortes, les uns allant par bandes à part des autres, d’autres en petits groupes, et d’autres, isolés, volant comme ils vont, parmi tous.

De là, hop, en un coup d’aile, on rejoint la célèbre et longue Lettre VII – la seule d’une authenticité certaine, où Platon évoque son parcours personnel, et notamment son aventure sicilienne:


Lettre VII, 347e-348a :

Or, après ces événements, Denys II et moi nous vivions ainsi : moi, en portant mes regards vers l’extérieur, à la façon d’un oiseau impatient de s’envoler de quelque part, et lui, s’ingéniant à trouver de quelle façon il pourrait me faire fuir sans rien rendre des biens de Dion.

Enfin, zou, on quitte la branche pour aller se percher sur le Phèdre:


Phèdre, 249d :
Voilà donc où en vient tout ce discours sur la quatrième forme de folie : dans ce cas, quand, en voyant la beauté d’ici-bas et en se remémorant la vraie beauté, on prend des ailes et que, pourvu de ces ailes, on éprouve un vif désir de s’envoler sans y arriver, quand, comme l’oiseau, on porte son regard vers le haut et qu’on néglige les choses d’ici-bas, on a ce qu’il faut pour se faire accuser de folie.

 

Bon vol !
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NB : Les traductions citées ci-dessus sont empruntées aux volumes de la nouvelle série Platon, publiée par GF Flammarion, sous la direction de L. Brisson (ledit Brisson pour le Phèdre et les Lettres, Michel Narcy pour le Théétète). Cette série, maintenant complète, offre de nouvelles traductions soucieuses d’exactitude, et surtout accompagnées de très importantes présentations (parfois plus de 100 p.) et d’un gros appareil de notes, qui font la synthèse des travaux savants sur les textes. Elle se distingue comme un modèle de « haute vulgarisation », et tout le monde y trouve son profit, du lecteur simplement curieux au spécialiste de philosophie. Une lecture vivement conseillée.
Pour ce qui concerne la traduction seule, le parti pris de littéralité de la collection GF la rend parfois un peu lourde. Pour une lecture plus agréable, on peut continuer à faire confiance aux traduction de Léon Robin, dans la collection de la Pléiade (en deux volumes) – Robin qui reste, à mon sens, le meilleur interprète de Platon en langue française, et un traducteur génial : ses traductions me paraissent n’avoir pas pris une ride, et, comparées au texte grec, sont le plus souvent d’une précision et d’une exactitude sidérantes. Quasi indépassables. Seule la mise en page très serrée de la Pléiade rend la lecture un peu indigeste. Robin a aussi édité certains volumes de Platon dans la C.U.F. : ces volumes ont été remplacés par de nouvelles éditions, avec un nouveau texte grec et de nouvelles traductions, qui ne me paraissent pas toujours meilleures. Heureusement, ces nouveaux volumes conservent les très importantes préfaces originales de Robin, qui sont de purs petits bijoux d’intelligence, à lire absolument.
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NB 2 : Les reproductions des superbes oiseaux d'Audubon (mes préférés) ont été empruntées à ce site
 
NB 3: Est-il besoin de rappeler que Platon est, de très loin, le plus grand penseur de tous les temps? "En comparaison duquel personne n'est plus grand", quo nemo est maior, comme disent les grammaires latines. Un vénérable savant moderne a écrit que toute l'histoire de la philosophie occidentale n'est qu'une suite de notes apposées au bas des pages de Platon. Le pire, c'est que c'est vrai. 
 
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