Page d'accueil | 2007-11 »

31.10.2007

La mythologie dans la joie et la bonne humeur

Dilemme cornélien… Vous avez envie de lire des choses intéressantes et de soumettre vos neurones à une activité raisonnable, MAIS… les médias ne donnent plus d’infos sur Cécilia, et le bouton « TF1 » de la télécommande de votre télé est cassé. Que faire pour rentabiliser votre temps de cerveau disponible ?
Une solution, parmi d’autres : vous initier à l’étude moderne de la mythologie ancienne. Les livres abondent en ce domaine, du pire au meilleur, donc se pose la question de savoir par quoi commencer quand on n’y connaît rien, sans s’exposer au risque de se fourvoyer dans des travaux trop savants, techniques ou jargonnants.

Disons tout de suite qu’il y a une valeur sûre, et d’ailleurs incontournable : les publications issues de « l’école » française (tiens ! une qui marche ou qui a marché, pour une fois) qui s’est organisée autour de deux figures majeures, J.P. Vernant et P. Vidal-Naquet (l’un et l’autre aussi grands savants que grands hommes, d’ailleurs), dont la production couvre, en gros, la deuxième moitié du 20è s.

Pour la petite histoire : ce courant de pensée et d’étude a longtemps été marginal dans l’institution universitaire, et sentant même le soufre, pour ne pas dire le fagot – car politiquement bien marqué à gauche, animé par de grands intellectuels juifs, et scientifiquement défenseur d’une approche nouvelle de la culture antique, s’appuyant sur le structuralisme et l’anthropologie – bien loin donc, à tout point de vue, de « la tradition » et des études littéraires de grand-papa. Aussi ce courant s’est-il, dans l’ensemble, épanoui aux marges de l’Université d’après mai 68, où longtemps on n’a pas voulu en entendre parler. Ce sont des institutions comme le Collège de France et l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) qui ont accueilli ces recherches (avec celles d’autres « marginaux » « subversifs », comme Michel Foucault) – institutions de grand prestige, mais confidentielles, réservées à un public très restreint – sans risque, donc, de voir ces dangereux agitateurs mettre des idées tordues dans la tête des étudiants de premier cycle… Bon, il se trouve que, dans pas mal de domaines, ce sont précisément ces « écartés » qui ont fait qu’aujourd’hui encore, il y a des français sur la liste limitée des intellectuels importants dans l’histoire mondiale de la pensée au 20e s.

Bref. Bien sûr, on peut toujours prendre au hasard n’importe quel titre de Vernant ou Vidal-Naquet, Nicole Loraux ou Marcel Détienne. La plupart de leurs ouvrages sont d’ailleurs disponibles en collections de poche ou économique, et régulièrement réédités. La plupart aussi sont de lecture relativement aisée, agréable même souvent – on ne risque guère de se retrouver face à un remix de la Critique de la raison pure, ou à du Heidegger unplugged.
Mais quand on n’est pas un peu familiarisé avec les « problématiques », comme on dit aujourd’hui à tort et à travers, on risque en revanche de ne pas bien cerner le principe de la démarche ; en outre, certains ouvrages supposent déjà connus les mythes et les traditions littéraires qui sont le sujet d’étude – or on n’a pas toujours sous la main son Hésiode ou son Homère pour rafraîchir ses souvenirs.
Pour commencer donc, je vous propose deux tout petits textes, tout ce qu’il y a de plus simples, qui peuvent tenir lieu de commode introduction. Il s’agit de deux petites conférences de Jean-Pierre Vernant, l’une et l’autre publiées par le même éditeur:


Ulysse, suivi de Persée, Bayard, coll. « Les petites conférences », 2004, 111 p., 9,90€ ;
Pandora, La première femme
, Bayard-BnF, 2006, 87 p., 7,90€.


Petites conférences donc (trois au total, le premier titre est double), de même format, de ton voisin – celui de la conversation au coin du feu – mais prononcées devant deux publics bien différents. Dans le premier cas, un public d’enfants, écoutant deux histoires offertes par un conteur ; dans le second, un public cultivé abonné aux événements culturels de la BnF – dont la moyenne d’âge, comme on peut l’imaginer, ne rase pas la moquette. Malgré cette différence très importante, il y a beaucoup de points communs entre les deux livres. Ils sont à prendre ensemble, comme résultant d’un même effort, fourni par un maître en la matière, pour porter à la connaissance d’un public « large » et non spécialisé (a fortiori dans le cas d’un public d’enfants) en même temps des histoires vieilles de plusieurs millénaires, et des suggestions ciblées sur ce que ces histoires signifiaient, pour ceux qui les ont inventées et transmises de génération en génération dans l’Antiquité, mais aussi ce qu’elles gardent de signification pour nous, qui n’y « croyons » pas mais les lisons comme des mythes, c’est-à-dire ce que le langage narratif du mythe exprime de vision du monde et de la vie sous la forme d’un récit.
Car à travers ces histoires – qui littéralement se lisent, aujourd’hui encore, « comme des romans » ; et quel plus beau roman et plus « romanesque » que l’Odyssée (bien traduite, donc pas dans l’édition Budé) ? – à travers ces histoires donc, les Grecs n’ont pas seulement cherché à se divertir, à « se raconter des histoires » (même s’ils ont fait cela aussi) ; ils ont représenté « en histoires » des interrogations profondes, exposé des réponses possibles (celles de la civilisation grecque) aux questions du type : « pourquoi le monde est-il fait comme nous le voyons ? »,  « qu’est-ce que c’est que la vie humaine, celle que nous vivons ? », « comment peut-on penser des choses d’abord incompréhensibles – comme l’expérience de la mort, ou la différence des sexes, etc. », « pourquoi sommes-nous prisonniers de la réalité qu’on a sous les yeux, et ne peut-on pas, comme on le fait dans les rêves, s’affranchir de ses limites et passer de l’autre côté ? », et toutes sortes d’autres questions de ce genre.
Toutes les cultures du monde, passées, présentes et à venir – et c’est ce par quoi elles sont des cultures, justement – se posent ces mêmes questions ; mais les réponses sont propres à chacune, ainsi que la formulation tant de la question que de la réponse. Les Grecs ont choisi la voie/voix du mythe – muthos, c’est le récit, l’histoire qu’on raconte : des histoires de dieux, de demi-dieux, de héros chanceux ou malchanceux, de monstres, de lieux imaginaires et fantastiques, de pratiques magiques et de métamorphoses, de guerres mondiales et de combats de Géants, etc. C’est précisément la vocation de l’étude (moderne) de la mythologie de « décoder » cet imaginaire narratif – non pas du tout pour « l’écraser » sous une théorie, ou le « réduire » à des abstractions (enfin, quand l’étude est bien conduite…). Car s’il est un peuple qui avait la tête aux abstractions, ce sont bien les Grecs, et s’ils avaient voulu penser leur monde en termes exclusivement abstraits, ils l’auraient fait – d’ailleurs la philosophie grecque s’en est chargée, et très bien. Donc les meilleures études de mythologie doivent parvenir à cet équilibre périlleux entre l’explicitation (rationnelle, abstraite) du sens, et la préservation de la forme narrative – autrement dit éclairer non seulement le couple question-réponse, mais aussi montrer que le « sens » du mythe n’est complet que sous la forme d’un récit qui en quelque sorte lui donne vie, et sans lequel le sens ne serait pas le même.
C’est justement ce que dévoile les petits textes que j’évoque, qui constituent donc à ce titre une excellente introduction. Vernant y prend trois histoires parmi les plus célèbres de la tradition mythologique : celle d’Ulysse (racontée en détail dans l’Odyssée d’Homère), celle de Persée et celle de Pandore (l’une et l’autre racontées – entre autres – par l’autre grand des grands de la poésie grecque archaïque, Hésiode). Et en bon « mythologue », Vernant raconte l’histoire, pour ce qu’elle est, une histoire qui se raconte, avec des personnages doués chacun de sa personnalité, des aventures et des péripéties dont les détails sont importants, des rencontres et des surprises ; et comme toujours avec les mythes grecs, des interférences entre les dieux et les hommes.
Et au fil du récit, Vernant soulève les lièvres : il découvre le plus simplement du monde le problème, ou la bizarrerie ou le désir qui ont poussé les anciens hommes grecs à se poser des questions, et à créer en même temps des personnages de fiction et des fictions détaillées pour formuler ces questions et tenter de leur trouver une réponse vraisemblable.
Ainsi, avec Ulysse (le plus beau, le plus fascinant personnage de tous les temps passés présents et à venir, comme chacun sait), c’est au fond la question des limites posées à l’expérience du monde, à travers la figuration du voyage – c’est à la fois le vrai voyage bien réel, celui d’un petit (grand) bonhomme qui se balade (à son corps défendant) non seulement aux quatre coins du monde mais même au-delà des frontières du monde connu, et c’est le voyage métaphorique de l’humain qui frappe à toutes les portes du possible, en les enfonçant au besoin pour basculer dans l’impossible, et satisfaire cet irrépressible désir tout humain de savoir ce qu’il y a derrière la porte qu’il est défendu de pousser. Ulysse c’est l’homme de toutes les expériences, qui fait le tour de la vie comme et en même temps qu’il fait le tour du monde. On voit bien là combien la forme-récit, de surcroît récit fantastique, plein de créatures étranges habitant des lieux introuvables et magiques, est essentielle au sens. Pour que le mythe ait tout son sens, il doit représenter en action(s) un personnage courant le monde, tantôt accompagné tantôt abandonné à la solitude absolue, souffrant et jouissant dans sa personne physique autant que dans son « âme » -- parce que faire l’expérience de la condition humaine et du monde, ce n’est pas buller le nez en l’air dans un fauteuil, et les expériences, ça se fait parfois en commun, parfois absolument seul, et ça fait souvent mal, peur, ou plaisir ; et le monde ce n’est pas seulement ce qu’on voit de sa fenêtre et ce qu’on devine derrière le mur, mais c’est une immensité à l’échelle du petit corps humain, dont la véritable expérience suppose qu’on parcoure d’infinies distances avec d’infinies fatigues, qu’on s’y perde et qu’on s’y retrouve, et que, où que l’on soit, il y ait toujours ouvertes diverses directions possibles vers ailleurs. Dans le monde comme dans la vie. Or donc, cet Ulysse, c’est justement cet éternel voyageur, figure emblématique de toutes les poursuites, de tous les voyages et de toutes les aventures, à qui il est donné par les dieux, eux-mêmes chargés de faire marcher le monde en bon ordre de marche, deux privilèges inséparables (dont d’ailleurs le bonhomme Ulysse, qui ne rêve que de rentrer se la couler douce avec Môman Pénélope les pieds dans les pantoufles, se serait bien passé, mais c’est son destin d’être le héros par excellence, et on n’y échappe pas, à son destin).
Il lui est ainsi donné, dans le cycle de ses errances, de découvrir le monde – allant là où personne du monde grec n’est jamais allé, voyant pour la première fois ce qu’aucun Grec n’a jamais vu : c’est-à-dire, du point de vue grec profondément « hellénocentré », qu’il lui est donné de faire que les hommes prennent possession du monde en le découvrant, en le marquant de la trace de leur passage (celui d’Ulysse en l’occurrence). Ulysse c’est celui qui explique et justifie aux yeux de la culture grecque que le monde soit habitable et habité par les hommes, parce qu’il y a eu un premier voyageur qui a, si j’ose dire, pris la virginité du monde, l’a arraché à sa primitive intégrité – comme un homme fait d’un être féminin une « femme » en prenant sa virginité. En langage grec, avant Ulysse, une grande part du monde était encore un « chaos » -- un désordre pur et inconnu, dépourvu de repères, sans rimes ni raisons ; après Ulysse, le monde est ordonné par l’homme qui se l’est approprié comme l’espace de son aventure humaine, géographiquement circonscrit comme domaine de ses évolutions, avec des bornes, des repères et des directions qui sont la marque organisatrice de l’homme imposée à une nature primitive qui en était dépourvue. Ulysse explique aux Grecs pourquoi il y a autour d’eux un monde organisé où ils peuvent se repérer et se déplacer, mener des aventures, créer des villes, faire la guerre ou du commerce, bref mener leur vie d’hommes – au lieu que, hors les murs de leurs petites cités (les Etats grecs anciens sont microscopiques), il n’y ait qu’une confusion absolue où l’on se perd sans espoir de retour, une sorte de maelström infernal aspirant tout.
Au fond, à l’échelle d’un peuple et d’une culture, le voyage d’Ulysse figure ce passage vécu par chaque individu lorsqu’il apprend à découvrir que, hors des jupes de sa mère, il y a un monde où il peut évoluer sans que son existence se dilue dans le néant. Découvrir cela ce n’est pas une mince affaire – et si on y réfléchit bien, c’était une excellente question à se poser, que celle de savoir, finalement, pourquoi le monde est ainsi fait, c’est-à-dire de s’interroger sur le fait (constaté) que le monde est… vivable. La réponse grecque, c’est qu’il en va ainsi parce que, dans un passé très reculé, il y a eu un zozo qui a, comme je le disais, arraché le monde à son immémoriale virginité, et l’humanité à son infantilisme. Manière de dire, à l’échelle d’un peuple, que l’homme n’a pas trouvé le « monde » dans son berceau, qu’il ne lui est pas tombé tout cuit dans le bec, que les dieux ne le lui ont pas donné à jouir avec un beau papier cadeau, mais qu’il en a pris possession, en a fait « son » monde, c’est-à-dire « le monde » par un effort de découverte et un goût de l’aventure comparables en tout point à ce qui est nécessaire pour que l’homme individuel se fasse lui-même une vie d’homme, au lieu de rester un éternel enfant.
Tout le monde (en tout cas tout le monde pour qui la – vraie – vie ne consiste pas à se momifier toute son existence enfermé dans une bibliothèque sans jamais aller voir ailleurs) pourrait rêver de refaire le parcours d’Ulysse, ou plutôt son expérience. Mais c’est le deuxième privilège d’Ulysse, corrélatif du premier. Ulysse, c’est le premier et son expérience la première qui fait du monde un monde à proprement parler, ce que les Grecs appellent un « kosmos » -- et il ne peut pas y avoir de deuxième fois – de même qu’on ne peut pas vivre une deuxième fois son adolescence. Ulysse est et restera le seul à avoir découvert le monde (comme on découvre quelque chose de caché) et pour cela à avoir dû empiéter sur ses frontières et les franchir parfois : expéditions terrifiantes dans les franges du grand inconnu, chez les Cimmériens ; exil temporaire dans les bras voluptueux et sur l’île paradisiaque de Calypso, qui est par excellence le lieu de nulle part, loin de tout au milieu de rien ; naufrage et salut trouvé auprès des Phéaciens, autre lieu paradisiaque, comme une poche de rêve à l’intérieur du monde où tous les charmes et conforts de vie défient les lois de la nature ; aussi face-à-face terrible avec la mort, dans la consultation crépusculaire de la « nékuia » (consultation des âmes des morts attirées par une procédure magique). Mais chaque expérience est à la fois une première et une dernière ; car à chaque fois, à l’instant où Ulysse sort indemne de l’épreuve, la porte se referme à tout jamais derrière lui : l’image la plus saisissante de cette limitation posée au champ de l’expérience humaine est la métamorphose instantanée en rocher du bateau magique des Phéaciens qui vient de reconduire et déposer Ulysse, enfin, sur la côte d’Ithaque. Plus jamais les bateaux ne vogueront sans rameurs et sans pilotes, plus jamais ne s’ouvrira le passage, qu’a franchi Ulysse, entre le monde du réel et celui de l’impossible et du rêve. L’homme s’est conquis un monde – ce faisant il s’est interdit l’Autre monde, auquel il n’accèdera plus que par le rêve, et par cette forme élaborée et collective du rêve qu’est la poésie.

Avec Persée et Pandore, ce sont d’autres histoires expliquant, figurant d’autres mystères. Du coté de Persée (très-très belle figure aussi ; entre lui et Ulysse mon cœur balance), c’est, comme le montre Vernant, l’homme qui explore les affres de sa mortalité – conscient que tout homme meurt un jour, et qu’aucun vivant ne sait vraiment ce que c’est que mourir et être mort, le mythe avec son histoire de Gorgone et de miroir, de monstres à combattre et de tête décapitée qui fige la vie en pierre, figure cette sorte de jeu du chat et de la souris entre l’homme et la mort se regardant en chiens de faïence, et les ruses du premier pour approcher la face d’horreur de la seconde, d’assez près pour « se la figurer » mais sans se la prendre en pleine figure…
Enfin, avec Pandore, c’est une histoire de zoologie, si on veut – née de l’interrogation bien légitime des hommes devant ces étranges bestioles tout à fait invraisemblables que sont les femmes : mais qu’est-ce qu’ils viennent faire là, ces trucs ? comment ça marche ? et ça sert à quoi ? Questions de bon sens, et ô combien raisonnables, n’est-ce pas. Et c’est corrélativement la question du désir – qui bien sûr aveugle et conduit si souvent à la perte et la ruine, mais comment pourrait-on vivre sans ? et la question de cette autre bizarrerie incompréhensible de prime abord, que soulève le fait constaté que l’homme mortel, promis à la disparition sans appel, puisse se prolonger, se reproduire dans une descendance, et par ce biais inscrire son existence dans une temporalité qui n’est plus, seulement un peu étendue, celle du moucheron né le matin mort le soir.
Mais je vous laisse découvrir. Et puis je n’ai pas que cela à faire, moi. Et j’ai faim, c’est l’heure de la dînette.

Version 1 - # 2

Suite du corrigé - Points essentiels à revoir dans les §§ 2-3 du texte

 

  • Corrélation CUM... TUM...  : 2 emplois possibles à bien distinguer:
  1. Subordination d'une proposition à une autre : = "quand... (subordonnée)... alors... (principale)";
  2. Coordination (cas du texte) de deux groupes de mots sur le même plan syntaxique = "d'une part..., d'autre part (et surtout)..."

 

  • Valeur d'achèvement du participe parfait passif (populati atque uexati) : le PPP a le + souvent en latin un sens nettement PASSE, qui marque une antériorité; ici : sens = après avoir été (auparavant)...

 

  • Inclusion d'une hypothèse au futur dans un propos rapporté (ici : si quod tempus accidisset, ... me non defuturum (ss-ent. esse))

NB préalable :

  1. Face à une phrase complexe comme celle-ci, il faut tâcher de "démonter" l'ensemble pour retrouver les propositions simples dont l'ensemble est la combinaison.
  2. Tâcher aussi de percevoir "de haut" l'idée d'ensemble de la phrase : ici: (c'est Cic qui parle) "ils me disaient que (auparavant, quand j'étais en Sicile) je leur avais promis que je..." - c'est à cet endroit que s'insère l'hypothèse et sa conséquence.
  3. Idée générale du propos que Cic dans le passé a tenu aux Siciliens : "le jour où le besoin s'en sera fait sentir, je vous aiderai". 
Rappels :
  1. Le latin n'a aucune difficulté à formuler une hypothèse au futur, bien souvent en marquant (par le Fut Ant) l'antériorité entre les deux propositions;
  2. En règle générale (sauf exceptions très mineures), les propositions qui seraient à l'indicatif dans le style direct passent au subjonctif pour marquer qu'elles sont intégrées au propos ou à la pensée rapportée (emploi du subjonctif comme mode de la subjectivité).

=> (j'avais promis) me non defuturum (esse) : "que je ne ferais pas défaut" (emploi du conditionnel français pour exprimer le futur en contexte passé);

à l'intérieur de ce propos : si quod tempus accidisset : emploi du subjonctif pour la raison précédemment indiquée; en raison de la concordance des temps en contexte passé, le choix du temps est entre l'imparfait (s'il n'y avait pas antériorité) et le plus-que-parfait (comme ici, pour marquer qu'il y a antériorité par rapport à defuturum esse). IL N'Y A PAS D'AUTRE OPTION.

donc : si ... accidisset dans le style indirect correspond à si... acciderit (futur antérieur), marquant l'hypothèse au futur (cf. defuturum esse, infinitif futur) avec antériorité;

Cic a dit aux Siciliens dans le passé, au style direct : "si quod tempus acciderit, ... non deero (futur simple)"

 

  • Phrase (3) : Style indirect

Cicéron développe en plusieurs propositions juxtaposées le contenu du discours que lui ont tenu les Siciliens; pour l'exercice de la version, il est vivement recommandé de marquer, d'une manière ou d'une autre dans la traduction, que vous avez bien vu que toutes les propositions en questions sont incluses dans un même style indirect; évitez, donc, de traduire comme s'il s'agissait de propositions indépendantes;

  1. si l'ensemble n'est pas trop long et enchevêtré, le + simple est de commencer chaque proposition par la reprise "que...";
  2. sinon, on peut rajouter librement une petite incise ("disaient-ils", etc.) qui rappelle le verbe principal ouvrant le style indirect.

 

  • Relative antéposée (GR § 272) : construction fréquente en latin, à bien connaître :

Au lieu de procéder comme en fr. (antécédent suivi de relative), le latin place volontiers la relative avant la principale, et très volontiers également, dans ce cas d'antéposition, inclut l'antécédent dans la relative, et le rappelle dans la principale avec un anaphorique (is, ea, id, ou autre pronom) :

donc ici : au lieu de dire : (aiebant) "se eas res omnis, quas crudelitas ... efficere potuisset, pertulisse", le latin déplace l'élément relatif au début, et rappelle ce qu'il désigne ensuite; littéralement = "lesquelles choses (quas res, acc. plr.) la cruauté a pu produire, toutes celles-ci (eas omnis) ils les ont subies..."

Bien sûr, la traduction littérale est à aménager en version; ici par ex. : "tout ce que la cruauté a pu produire, ... tout cela ils l'ont subi..." 

NB : Bien souvent, s'il n'y a pas d'effet de style particulier (comme ici, effet d'accumulation dans la relative), le latinisme se traduit par une construction relative ordinaire en français :

ex. Quas litteras scripsisti, eae mihi iucundae fuerunt = "La lettre que tu m'as écrite m'a fait plaisir" (tout simplement).

 

  • Combinaison d'une relative et d'une autre subordonnée (ici proposition infinitive) : quos nemini supplices esse oporteret:

Analyse de la construction :

quos : relatif, antécédent = illos supplices ; il est mis à l'accusatif car il est sujet de la proposition infinitive quos... esse;

oporteret : verbe impersonnel, commandant une proposition infinitive : oportet me facere: il faut que je fasse, je dois faire;

supplices : attribut (esse), accordé au sujet quos;

Très littéralement : "ces suppliants, dont il fallait qu'ils ne fussent pas suppliants" = qui ne devaient pas être suppliants;

(idée du propos : étant donné le rapport privilégié établi entre Cicéron et les Siciliens dans le passé, aujourd'hui il n'est pas concevable qu'ils s'adressent en suppliants à qui que ce soit d'autre, tant que Cicéron sera encore vivant; autrement dit (... et en contrepoint de la politesse contenue dans cum summum in ueteribus patronis etc.) Cicéron s'est (déjà) imposé comme le patron par excellence de la province de Sicile; s'il y en a un qui doit les accueillir favorablement, c'est lui avant tout autre.

 

  • Point important que je n'ai pas eu le temps d'aborder en cours :

à propos de ... me non defuturum esse.

Le Participe futur actif (-urus, a, um) a deux emplois en latin, à ne pas confondre :

  • emploi comme adjectif verbal attribut: ex. scripturus sum :

Ce tour n'est pas exactement synonyme du futur simple (scribam) et ne le remplace pas;

il exprime, dans le présent (sum) ou le passé (eram) une virtualité d'action, avec trois nuances principales possibles:

  1. imminence = je suis sur le point d'écrire;
  2. destination = je suis destiné, promis à écrire (si vous vous sentez une vocation, par exemple...)
  3. intention = je suis résolu à écrire, j'ai l'intention d'écrire.
  • emploi comme élément constitutif de l'Infinitif futur actif (cas ici) : scripturu(m) esse :

A l'exacte différence du cas précédent, le participe futur ici ne sert qu'à former le temps du futur dans le mode de l'infinitif; cette construction est rendue nécessaire en latin par l'importance de la proposition infinitive dans la syntaxe latine, d'où le besoin d'exprimer le futur simple dans ces propositions; dans ce cas donc, le PFA n'a pas les sens spécifiques qu'il recouvre dans le cas précédent, c'est la locution complète formant l'infinitif futur qui compte.

NB : il peut arriver, bien sûr, que l'expression 1 (PFA employé comme attribut) se retrouve mise à l'infinitif dans une proposition infinitive, auquel cas elle garde son sens particulier; cependant c'est fort rare, et en règle générale il ne faut pas partir avec l'idée a priori qu'une construction du type defuturum esse veuille nécessairement exprimer autre chose que le futur simple à l'infinitif. Dans l'immense majorité des occurrences, les infinitifs futurs ne sont que cela, des infinitifs mis au futur dans des propositions infinitives.

NB 2 : Petite piqûre de rappel morphologique :

- par essence, le P.F. Actif est ... actif - même si sa forme rappelle celle du P. Parfait  Passif;

- il n'y a pas de participe futur passif en latin;

- en revanche, il y a (toujours pour pouvoir construire des propositions infinitives) un INFINITIF FUTUR PASSIF, formé d'une périphrase un peu tordue (et perçue comme telle par les latins eux-mêmes) : SUPIN (invariable) + "auxiliaire" IRI = forme passive de l'infinitif de eo, is, ire "aller";

le sens littéral de la périphrase se rapproche de qqch comme "aller se faire...";

DONC : Tullia amabitur = T sera aimée => dico Tulliam amatum iri = je dis que T sera aimée (comme il s'agit du supin, forme invariable, et non du PPP, amatum ne s'accorde jamais).

- cf. GR § 465: Cet Infinitif Futur Passif ne peut exister que pour les verbes qui ont un supin (certains n'en ont pas); s'il n'y a pas d'infinitif futur passif, dans la proposition infinitive, on remplace alors par une périphrase signifiant littéralement : "qu'il se produira que...", avec futurum esse / fore ut + SUBJ (construction de complétive au subj dépendant d'un verbe d'événement, avec application de la concordance des temps); cette construction périphrastique, qui peut nous sembler lourde, est aussi utilisée à la place de l'infinitif futur passif même quand celui-ci existe -- parce que les latins trouvent plus "naturel" de construire des subordonnées complexes que de recourir à cette forme type "amatum iri" perçue comme archaïque (inversement, on la rencontre + souvent, par effet de style, chez les auteurs de goût archaïsant). Bref, il est plus spontané pour un latin de dire : dico fore ut Tullia ametur (dicebam fore ut Tullia amaretur) que dico (dicebam) Tulliam amatum iri (qui sonne rocailleux, et arrache un peu les oreilles du fait qu'on s'attendrait à un accord, sur le modèle des participes futur actif et parfait passif). Le sens est exactement le même, et la traduction identique.

30.10.2007

COURS L1 LM 07 - # 4

 

III. Le cadre général à Rome 

 

1° L'ambassade des philosophes athéniens à Rome en 155 av. J.C.

Le témoignage de Plutarque, Vie de Caton l’Ancien, chap. 22:

« Caton était déjà vieux lorsque des ambassadeurs d’Athènes – Carnéade, philosophe de l’Académie (1), et Diogène, philosophe stoïcien (2) - vinrent à Rome pour solliciter l’annulation d’un jugement porté contre le peuple athénien : poursuivis par les gens d’Oropos, les Athéniens avaient fait défaut et les Sicyoniens les avaient condamnés à une amende de 500 talents.Aussitôt les jeunes gens les plus lettrés accoururent auprès de ces personnages et écoutèrent leurs leçons avec admiration. Le talent de Carnéade surtout (talent d’une très grande force et dont la renommée égalait la puissance) lui attira des foules d’auditeurs avides de l’entendre ; ce fut comme un vent impétueux dont le bruit remplit la ville. On disait partout qu’un Grec d’un savoir merveilleux, ensorcelant et subjuguant tous les esprits, inspirait aux jeunes gens une violente passion qui les faisait renoncer à tous les plaisirs et à toute espèce d’occupations dans leur enthousiasme pour la philosophie. La plupart des Romains les approuvaient et voyaient avec plaisir les jeunes gens s’appliquer à la culture grecque et suivre les leçons de ces hommes si admirés ; mais dès le début, aussitôt que ce goût des discussions philosophiques s’instaura dans la ville, Caton s’en alarma : il craignait de voir les jeunes gens qui tournaient de ce côté leurs ambitions préférer la gloire de la parole à celle des actions et des armes. Aussi, comme la réputation des philosophes s’accroissait dans la ville, et que leurs premiers discours devant le Sénat avaient été traduits par un homme illustre, Caïus Acilius (...), Caton résolut de débarrasser la ville de tous ces philosophes sous un prétexte honorable. Il se rendit au Sénat et reprocha aux magistrats de retenir si longtemps sans résultat une ambassade composée d’hommes capables de persuader aisément tout ce qu’ils voulaient ; il fallait donc, dit-il, prendre une décision au plus vite, et voter sur leurs propositions, afin de leur permettre de retourner à leurs écoles pour y discuter avec les enfants des Grecs, tandis que les jeunes Romains écouteraient comme auparavant les lois et les magistrats."

 

(1) Académie = L’école fondée par Platon.
(2) L’ambassade comprenait aussi un troisième philosophe, Critolaus, représentant le Lycée (l’école issue d’Aristote).

Sur cette ambassade, cf. L. Pernot, La rhétorique dans l'Antiquité, Livre de Poche-références, 2000, p. 101 ; étude philosophique : cf. C. Lévy, Les philosophies hellénistiques, Livre de Poche-références, 1997, p. 201-203.

 

 Contexte : milieu du 2è av. J.C. : Rome est en train de s'imposer par ses conquêtes comme la grande puissance du bassin méditerranéenne;

Occasion : conflit de frontières mineur entre Athènes et une cité voisine : Athènes sollicite l'arbitrage international de Rome;

Signification :

pour Rome : preuve de son importance croissante ;

pour Athènes : pour la représenter et défendre ses intérêts, la cité choisit d'envoyer en ambassadeurs les chefs des principales écoles philosophiques : preuve de l'importance culturelle et politique des écoles de philosophie dans le monde grec (écoles de philosophie et écoles de rhétorique forment les futurs dirigeants des cités)

 Personnage central : Carnéade, chef de l'Académie:

NB: Après les premiers successeurs de Platon, l'Académie a pris, avec Arcésilas (3è s. av.) une orientation "sceptique" : comme l'avait fait Socrate, le philosophe s'attache à mettre en doute les certitudes des autres ; Carnéade s'inscrit dans cette orientation

Précisément : à Rome, développe une démonstration de philosophie, sur le thème de la justice (thème central à propos d'un débat de droit)

OR : jusqu'à cette époque, les Romains n'étaient pas familiarisés avec la philosophie grecque.

==> L'ambassade de 155 av. marque symboliquement l'arrivée de la philosophie à Rome

 

Contenu de la démonstration de Carnéade : "Antilogie" = deux discours, pour & contre, sur un même thème (ici justice)

"Pour" : thèse selon laquelle la justice est présente dans le monde, dans les formes de pouvoir existantes, reflétant ce qui est conforme à la nature; ainsi notamment la puissance romaine s'exerçant dans le bassin méditerranéen;

"Contre" : thèse contraire selon laquelle on appelle "justice" ce qui est en fait uniquement le droit du plus fort, et n'a rien à voir avec la justice véritable; d'ailleurs si les Romains voulaient vraiment être justes, ils laisseraient les autres peuples tranquilles et resteraient chez eux vivre en paysans sur le Palatin. 

 

Réactions romaines:

Indignation des dirigeants conservateurs (comme Caton l'Ancien, qui fait vite traiter l'affaire diplomatique pour renvoyer chez eux ces philosophes dangereux)

Enthousiasme de beaucoup de jeunes & "modernes" pour une nouvelle façon de penser la réalité et en particulier la politique.

Dans tous les cas, les Romains ne pourront plus ignorer les catégories et les outils de pensée grecs, en particulier dans le domaine de la pensée politique.

 

2° Eléments d'organisation politique

 

  • A la différence de l'Athènes du 5è s. av., Rome n'est pas et n'a jamais été une démocratie;
  • Système politique complexe à trois piliers:
  1. POPULUS (peuple) = Ensemble des citoyens; dispose de la souveraineté (=> Rome = Res Publica = "la chose du peuple"), exercée par votes (vote des lois, élections);
  2. MAGISTRATS = citoyens élus pour remplir temporairement les charges publiques; les plus importants disposent de l'imperium (pouvoir exécutif); le plus important de tous = consul (deux par an, exerçant alternativement un mois sur deux);
  3. SENAT = conseil restreint des anciens magistrats sortis de charge; dispose de l'auctoritas (autorité), capacité à infléchir les décisions politiques.

Le couple formé du peuple et du sénat (émanation du système des magistratures) réunit les deux pôles du pouvoir à Rome : d'où la désignation officielle de l'Etat romain = Senatus PopulusQue Romanus = "Le peuple et le Sénat R.", abrégé en SPQR = encore aujourd'hui, sigle de la ville moderne de Rome (cf. ici, photo d'une plaque d'égoût dans l'album sur Rome).

29.10.2007

COURS L1 LC 15 : # 4

Présentation générale du verbe latin

 

  • Les catégories fondamentales :

 

VOIX : Actif / Passif

La division ancienne (i-e) était : ACTIF/MOYEN (cf. grec) : A = relation Sujet-action-Objet / M = concentration Sujet-action (cf. sens intransitifs; faire "pour soi"); le grec a gardé les 3 : A/M/P, le latin a supprimé le Moyen

MAIS : l'ancien MOYEN survit dans la famille (très large) des verbes dits "déponents" (morphologie exclusivement passive mais sens actif): les grammairiens anciens ont cru qu'il s'agissait de verbes qui avaient "laissé tomber" leur voix active; en fait, ils n'en ont jamais eu; ce sont d'anciens moyens restés en l'état.

MODES : Bipartition

Modes personnels : indicatif/Subjonctif/Impératif ;

Modes impersonnels : Infinitif/Adjectifs verbaux (participes)

Dans les modes personnels : Distinction fondamentale : Indicatif = mode de "l'actuel" / Subjonctif = mode du "virtuel" (tout ce qui n'est pas actualisé : volonté, hypothèse, subjectivité, etc.) 

TEMPS : Bipartition fondamentale : "aspect" (catégorie indo-eur.)

INFECTUM (temps de l'inachevé = action en cours de réalisation) : Présent/Imparfait/Futur

PERFECTUM (temps de l'achevé = action réalisée) : Parfait/Plus-que-parfait/Futur Antérieur

NB:

La division infectum/perfectum est essentielle pour la morphologie : thèmes différents ("thème de l'inf."/"thème du perf.")

Elle ne recoupe pas la distinction entre temps du présent et temps du passé, puisque l'imparfait, temps du passé, fait partie de l'infectum (=l'action conçue comme en cours de réalisation dans le passé; donc temps formé sur le thème de l'infectum)

Le temps du PARFAIT recouvre les temps français du Passé Simple, du Passé Composé et du Passé Antérieur.

Le Futur est d'invention récente, à partir du Subjonctif : sens particulier de la virtualité (l'avenir n'est pas encore actuel); aussi n'y a-t-il pas de futur au subjonctif

PERSONNES : 1-2-3 Singulier / 1-2-3 Pluriel ; le latin n'utilise pas le "vous" de politesse : emploi exclusif du "tu"

NB: En fonction de sujet, le latin n'a pas besoin de pronom personnel; les pronoms personnels existent, mais la forme verbale est suffisante pour donner ttes les informations nécessaires : ex. amas = tu aimes. 

 

  • Tableau d'ensemble des verbes latins :

La morphologie latine a été sérieusement "refaite" : donc il y a très peu d'exceptions;

Les verbes (sauf exceptions peu nombreuses) se répartissent en 5 CONJUGAISONS : Paradigmes :

1re. amo,(-as,) -are,-aui, -atum = "aimer"

2ème. deleo,(-es,) -ere,-eui, -etum = "détruire"

3ème. lego,(-is,) -ere, -i, lectum = "lire"

3ème mixte. capio,(-is,) -ere, cepi, captum = "prendre"

4ème. audio,(-is,) -ire,-iui, -itum = "entendre, écouter"

 

Le vocabulaire verbal doit être appris sur ce modèle complet. 

 

NB:

Les cinq formes indiquées dans le lemme du verbe = les "temps primitifs" : informations nécessaires pour connaître la morphologie complète du verbe = 1ère et 2ème personne du présent de l'indicatif actif; infinitif présent actif; 1re personne du parfait de l'indicatif actif; "supin" (forme qu'on verra plus tard) - certains verbes n'ont pas de supin

Selon les dictionnaires et les grammaires, le 2me temps primitif (entre parenthèses ici) n'est pas forcément indiqué; il est recommandé d'apprendre les verbes sous leur forme complète, avec cette deuxième forme.

"3ème mixte" car : 2 premières formes = celles de la 4ème ; 3ème forme = celle de la 3ème conjugaison.

 

Principe :

Les 3 premiers temps primitifs permettent d'identifier le thème de l'infectum (sur lequel se forment les temps du présent, de l'imparfait, du futur) ;

Le 4ème donne le thème du perfectum ;

On verra plus tard l'usage du supin.

 

Formes synthétiques / composées (on verra le détail plus tard)

Certains temps sont synthétiques : un seul mot, c'est la fin de la forme qui apporte toutes les informations (temps et personne);

D'autres sont composés : un seul auxiliaire : verbe "être"

 

  • VERBE "ETRE" :

 

sum, es, esse, fui (pas de supin)  - donc verbe "irrégulier" par rapport aux 5 conjugaisons; cependant, la morphologie du perfectum, à partir du thème fu-, est régulière

NB: sum / fui : le latin utilise deux thèmes i-e distincts, "être" et "croître, venir à l'être" (cf. phueîn, phusis en grec)

Présent de l'indicatif :

sum / es / est / sumus / estis / sunt

Imparfait de l'indicatif :

Eram / eras / erat / eramus / eratis / erant

Futur de l'indicatif :

Ero / eris / erit / erimus / eritis / erUnt (attention à cette forme)


Retenir la série des désinences personnelles actives d'infectum

o/m - s - t - mus - tis - nt

 

Apprendre dès maintenant PAR COEUR ces formes : on verra que leur connaissance est essentielle pour pouvoir assimiler les autres formes verbales. 

 

 

 

28.10.2007

Vendredi 2 Novembre

... Mais vendredi 2 novembre, il y aura cours : c'est trop bien ! über-bien ! (toujours à la pointe du progrès, je viens de lire la note "Passage à l'heure d'über" sur le blog Le Petit Champignacien Illustré, que je recommande vivement.)

 

01e46c4a00723acf7b5d30d763499298.jpg

Jeudi 1er Novembre

Pas de cours de latin jeudi 1er novembre...  C'est trop triste !

 

f2c4edb83452464017d27f9096edb193.jpg

25.10.2007

Révisions pour le 26 octobre 07

Rappel : Petit contrôle de grammaire vendredi 26/10, en début de cours :

 

da69cef5058d3073e813476a2505fc15.jpg
 

 Revoir :

  • Le tableau des 5 déclinaisons (être capable d'identifier la déclinaison à laquelle appartient un nom);
  • La morphologie des 1ère et 2ème déclinaison : paradigme rosa, dominus, templum;
  • Les adjectifs de la 1ère classe : savoir les identifier et les accorder correctement avec le nom qu'ils qualifient. 

COURS L1 LC 15 : # 3

Morphologie de l'adjectif (suite) :

 

Dérivé de l'adjectif : l'adverbe :

Règle générale : GR § 300

- Adjectif de la 1ère classe => adverbe en -e : doctus => docte (savamment);

- Adjectif de la 2ème classe => adverbe en -iter : fortis => fortiter (courageusement). 

 

Les "degrés" de l'adjectif : GR § 170 et suiv.

Règles (sauf exceptions) valables quel que soit l'adjectif :

  • Comparatif :

de supériorité ("plus...") : forme synthétique = adjectif de la 2ème classe (doctior)

d'égalité ("aussi...") : périphrase

d'infériorité ("moins...") : périphrase

  • Superlatif :

de supériorité ("le plus...") : forme synthétique = adjectif de la 1ère classe (doctissimus)

d'infériorité ("le moins...") : périphrase : "minime + adjectif" (minime doctus

 

Le superlatif de supériorité : 

  • Formation la plus répandue : suffixe -issim- + désinence 1ère classe, quelle que soit la classe de l'adjectif simple:

doctus => doctissimus, a, um ;

fortis => fortissimus;

  • Exception : les adjectifs en -r :

miser, -era, -erum => miserrimus, a, um 

pulcher, -chra, -chrum => pulcherrimus, a, um

  • Famille particulière:

bonus => optimus;

malus => pessimus;

magnus => maximus;

paruus => minimus 

NB :

A partir des superlatifs synthétiques ainsi formés, on dérive normalement l'adverbe :

doctissimus => doctissime ("le + savamment, avec le + grand savoir"); fortissimus => fortissime ("le + courageusement"); optimus => optime ("de la meilleure façon");

Ainsi, magnus => superlatif maximus => adv. maxime = "le + grandement", et paruus => minimus => minime = ("le + petitement") : ce sont ces formes, maxime et minime, qui interviennent dans les périphrases :

- obligatoirement pour le superlatif d'infériorité : minime doctus = "le moins savant";

- exceptionnellement pour le superlatif de superiorité, uniquement lorsque la forme synthétique est évitée (pour des raisons euphoniques) : ex. adjectifs en -ius, -eus, -uus : maxime pius, maxime idoneus, maxime arduus = "le + pieux, approprié, ardu"

 

Syntaxe du superlatif : deux emplois possibles :

  1. Emploi véritablement superlatif : "le + ... de (complément)" : ex. "le plus savant des hommes" : deux constructions possibles, sens équivalent:
    • Génitif seul : doctissimus uirorum= le + savant des hommes (appartenant à l'ensemble des hommes);
    • Prépostion E(X) + ablatif : doctissimus e uiris = le + savant d'entre les hommes (tiré de l'ensemble des hommes)
  2. Emploi à valeur intensive (sans idée de comparaison par rapport à tout un ensemble) = français TRES : doctissimus = "très savant"; optime = "très bien". Emploi très courant en latin (d'où l'abondance des superlatifs dans les textes latins).

Version 1

Révisions  fondamentales, § 1 :

Complétives :

De manière très générale, avec les verbes principaux exprimant la pensée, le sentiment réfléchi, etc., vous avez trois constructions possibles (selon les verbes, plusieurs constructions sont possibles, ou bien une seule - vérifier les constructions dans le dictionnaire):

- Proposition infinitive, lorsqu'il s'agit d'un constat : "... l'idée que..."; ... le fait que ..." ;

-Interrogative indirecte : "si...", "quel...", "combien...", et autres;

-Complétives spécifiques : voir "complétives au subjonctif" déjà évoquées.

Ici : miratur... me... descendere := littéralement = constate avec un sentiment d'étonnement le fait que je = s'étonne que je... 

 

Propositions au subjonctif :

  • A chaque occurrence d'un subjonctif, vous devez (d'abord le saluer poliment en personnes bien élevées, puis) vous demander s'il s'agit :

- d'un S "obligatoire" : mode imposé par la nature de la proposition (ex. interrogative indirecte, "complétive au S", finale, consécutive...)

- d'un S "optionnel" : la même proposition peut être construite à l'indicatif, mais le choix du S apporte un complément ou une nuance de sens;

  • Les deux cas rencontrés au § 1 :

- "S de style indirect" : en règle générale (sauf exceptions), lorsque la proposition principale rapporte la pensée, l'intention, etc. d'autrui, les propositions qui dépendent de cette principale et qui seraient, sans cela, à l'indicatif, passent au S pour marquer qu'il s'agit du contenu (subjectif) de la pensée d'autru; ainsi dans le texte: "...qq'un s'étonne que moi, qui..." : "moi" est un élément de la pensée prêtée par Cic à autrui; la relative qui le qualifie se met au subj. : GR § 561

- "Relatives au subjonctif" : relatives qui, syntaxiquement, pourraient aussi bien être à l'indicatif, mais que le locuteur met au subjonctif pour leur donner un supplément de sens - concrètement, ce sens équivaut à celui d'une quelconque circonstancielle (consécutive, finale, concessive, causale); ici: "moi qui..." : idée implicite : "moi qui (pourtant jusqu'à présent)... (principale: j'ai une autre attitude maintenant)"; ex. "toutes les femmes sont amoureuses de toi, qui sis tam pulcher"= "toi qui es si beau" = parce que tu es si beau. :GR §§ 545-549

 

Dérogation à la concordance des temps : GR § 533

En contexte passé, il peut arriver qu'une consécutive se construise avec le S PARFAIT pour marquer que l'action conséquente a bien été concrètement réalisée (dans le passé); le sens est alors différent de celui produit par l'application de la CT :

Ex: sans CT (S parfait) : il est tombé de sorte qu'il s'est cassé la jambe / avec CT : il est tombé de manière à se casser la jambe (la chute était de nature à provoquer une fracture, qui n'a pas forcément eu lieu)

Ici : ... ita sim uersatus ut defenderim... : j'ai été engagé de telle sorte que j'ai (ss-ent. bel et bien) défendu...

 (La même dérogation s'applique si la conséquence est le résultat présent d'un fait passé : ex : Socrate a été un si grand homme qu'on l'admire encore aujourd'hui.)

 

Hypothèse à l'indicatif futur/futur antérieur:

L'hypothèse se construit à l'indicatif lorsque la valeur proprement hypothétique (c'est-à-dire la virtualité de la condition) est faible (à la différence du potentiel "pour le cas où..." et de l'irréel, où la valeur hypothétique est essentielle, et est exprimée par le subjonctif, mode de la virtualité). 

Rien n'empêche, en latin, de construire une hypothèse au futur (ATTENTION à la grossière faute de français par traduction littérale); très souvent, dans ce cas, le latin marque une antériorité que le français se dispense volontiers de souligner;

donc en latin on a "si + Futur antérieur..., Principale au futur"; ici: si cognouerit... probabit et putabit.

Pour la traduction: 

- S'il vous semble que l'antériorité n'est pas essentielle, vous pouvez ne pas la traduire; ex en fr. : "si tu viens demain (si ueneris = mot-à-mot *si tu seras venu"), je serai content"

- Si l'antériorité est significative, dans ce cas, celle-ci "l'emporte" sur la valeur d'hypothèse, qui est plus faible ; l'hypothétique se rapproche alors d'une temporelle et peut être traduite comme telle : ici : "quand il aura appris... il approuvera".

Martine à la Sorbonne

7904df52d0881727a732964618637efa.jpg

Toutes les notes