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30.10.2007
COURS L1 LM 07 - # 4
III. Le cadre général à Rome
1° L'ambassade des philosophes athéniens à Rome en 155 av. J.C.
Le témoignage de Plutarque, Vie de Caton l’Ancien, chap. 22:
« Caton était déjà vieux lorsque des ambassadeurs d’Athènes – Carnéade, philosophe de l’Académie (1), et Diogène, philosophe stoïcien (2) - vinrent à Rome pour solliciter l’annulation d’un jugement porté contre le peuple athénien : poursuivis par les gens d’Oropos, les Athéniens avaient fait défaut et les Sicyoniens les avaient condamnés à une amende de 500 talents.Aussitôt les jeunes gens les plus lettrés accoururent auprès de ces personnages et écoutèrent leurs leçons avec admiration. Le talent de Carnéade surtout (talent d’une très grande force et dont la renommée égalait la puissance) lui attira des foules d’auditeurs avides de l’entendre ; ce fut comme un vent impétueux dont le bruit remplit la ville. On disait partout qu’un Grec d’un savoir merveilleux, ensorcelant et subjuguant tous les esprits, inspirait aux jeunes gens une violente passion qui les faisait renoncer à tous les plaisirs et à toute espèce d’occupations dans leur enthousiasme pour la philosophie. La plupart des Romains les approuvaient et voyaient avec plaisir les jeunes gens s’appliquer à la culture grecque et suivre les leçons de ces hommes si admirés ; mais dès le début, aussitôt que ce goût des discussions philosophiques s’instaura dans la ville, Caton s’en alarma : il craignait de voir les jeunes gens qui tournaient de ce côté leurs ambitions préférer la gloire de la parole à celle des actions et des armes. Aussi, comme la réputation des philosophes s’accroissait dans la ville, et que leurs premiers discours devant le Sénat avaient été traduits par un homme illustre, Caïus Acilius (...), Caton résolut de débarrasser la ville de tous ces philosophes sous un prétexte honorable. Il se rendit au Sénat et reprocha aux magistrats de retenir si longtemps sans résultat une ambassade composée d’hommes capables de persuader aisément tout ce qu’ils voulaient ; il fallait donc, dit-il, prendre une décision au plus vite, et voter sur leurs propositions, afin de leur permettre de retourner à leurs écoles pour y discuter avec les enfants des Grecs, tandis que les jeunes Romains écouteraient comme auparavant les lois et les magistrats."
(1) Académie = L’école fondée par Platon.
(2) L’ambassade comprenait aussi un troisième philosophe, Critolaus, représentant le Lycée (l’école issue d’Aristote).
Sur cette ambassade, cf. L. Pernot, La rhétorique dans l'Antiquité, Livre de Poche-références, 2000, p. 101 ; étude philosophique : cf. C. Lévy, Les philosophies hellénistiques, Livre de Poche-références, 1997, p. 201-203.
Contexte : milieu du 2è av. J.C. : Rome est en train de s'imposer par ses conquêtes comme la grande puissance du bassin méditerranéenne;
Occasion : conflit de frontières mineur entre Athènes et une cité voisine : Athènes sollicite l'arbitrage international de Rome;
Signification :
pour Rome : preuve de son importance croissante ;
pour Athènes : pour la représenter et défendre ses intérêts, la cité choisit d'envoyer en ambassadeurs les chefs des principales écoles philosophiques : preuve de l'importance culturelle et politique des écoles de philosophie dans le monde grec (écoles de philosophie et écoles de rhétorique forment les futurs dirigeants des cités)
Personnage central : Carnéade, chef de l'Académie:
NB: Après les premiers successeurs de Platon, l'Académie a pris, avec Arcésilas (3è s. av.) une orientation "sceptique" : comme l'avait fait Socrate, le philosophe s'attache à mettre en doute les certitudes des autres ; Carnéade s'inscrit dans cette orientation
Précisément : à Rome, développe une démonstration de philosophie, sur le thème de la justice (thème central à propos d'un débat de droit)
OR : jusqu'à cette époque, les Romains n'étaient pas familiarisés avec la philosophie grecque.
==> L'ambassade de 155 av. marque symboliquement l'arrivée de la philosophie à Rome
Contenu de la démonstration de Carnéade : "Antilogie" = deux discours, pour & contre, sur un même thème (ici justice)
"Pour" : thèse selon laquelle la justice est présente dans le monde, dans les formes de pouvoir existantes, reflétant ce qui est conforme à la nature; ainsi notamment la puissance romaine s'exerçant dans le bassin méditerranéen;
"Contre" : thèse contraire selon laquelle on appelle "justice" ce qui est en fait uniquement le droit du plus fort, et n'a rien à voir avec la justice véritable; d'ailleurs si les Romains voulaient vraiment être justes, ils laisseraient les autres peuples tranquilles et resteraient chez eux vivre en paysans sur le Palatin.
Réactions romaines:
1° Indignation des dirigeants conservateurs (comme Caton l'Ancien, qui fait vite traiter l'affaire diplomatique pour renvoyer chez eux ces philosophes dangereux)
2° Enthousiasme de beaucoup de jeunes & "modernes" pour une nouvelle façon de penser la réalité et en particulier la politique.
Dans tous les cas, les Romains ne pourront plus ignorer les catégories et les outils de pensée grecs, en particulier dans le domaine de la pensée politique.
2° Eléments d'organisation politique
- A la différence de l'Athènes du 5è s. av., Rome n'est pas et n'a jamais été une démocratie;
- Système politique complexe à trois piliers:
- POPULUS (peuple) = Ensemble des citoyens; dispose de la souveraineté (=> Rome = Res Publica = "la chose du peuple"), exercée par votes (vote des lois, élections);
- MAGISTRATS = citoyens élus pour remplir temporairement les charges publiques; les plus importants disposent de l'imperium (pouvoir exécutif); le plus important de tous = consul (deux par an, exerçant alternativement un mois sur deux);
- SENAT = conseil restreint des anciens magistrats sortis de charge; dispose de l'auctoritas (autorité), capacité à infléchir les décisions politiques.
Le couple formé du peuple et du sénat (émanation du système des magistratures) réunit les deux pôles du pouvoir à Rome : d'où la désignation officielle de l'Etat romain = Senatus PopulusQue Romanus = "Le peuple et le Sénat R.", abrégé en SPQR = encore aujourd'hui, sigle de la ville moderne de Rome (cf. ici, photo d'une plaque d'égoût dans l'album sur Rome).
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Commentaires
Lorsque mes aventures sont en italien, "SPQR" veut dire
"Sono Pazzi Questi Romani".
Ecrit par : Astérix | 20.05.2008
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